Toc toc toc : y a-t-il des travailleurs sociaux en Guadeloupe ?

Toc toc toc : y a-t-il des travailleurs sociaux en Guadeloupe ?
Depuis la banalisation des métiers du Social et du Travail Social en France, on assiste à une triste montée en puissance de personnes converties ou reconverties dans ce milieu, à ne savoir par la suite quel est leur véritable positionnement professionnel sur le terrain et face à cette société délitée.

La précarité au service de la précarité

On pourrait même regretter le temps où les bourgeoises oisives s’occupaient en faisant du social, même l’église ou encore les infirmières-visiteuses. Depuis la professionnalisation des métiers du social, avec l’ascension du chômage, surtout chez nos jeunes, des caprices de la mondialisation, la vocation pour ce domaine n’est plus un critère d’embauche. Elle est plutôt mal perçue. Il est donc demandé aux formés d’accéder tout simplement à un diplôme, sans jamais œuvrer dans un sens profond de l’utilité de la tâche à effectuer ; celle de porter une véritable analyse scientifique et empirique continuelle lors de l’apprentissage.

Par ailleurs, il aura donc fallu une dizaine d’années pour comprendre qu’il faut prendre en compte le milieu (la culture, la sociologie, l’anthropologie, la personne elle-même) dans lequel on travaille pour une approche globale et efficace.

Fais ce que je dis, mais en aucun cas ce que j’ai fait

Les formateurs en école de travail social, des experts de la chose sociale doivent paraître crédibles au quotidien face à leurs étudiants.

Pourquoi ? La raison évidente est qu’il n’existe pas d’écrits sur le social en Guadeloupe. Pourtant, on dit souvent la parole s’en va mais l’écriture reste.

Nous sommes donc profusément un peuple d’oralité ? Selon toute vraisemblance oui. D’une oralité qui agace. L’exemple qui venait jadis d’en haut…

Mise à part monsieur Albert FLAGIE (controversé à tort par certains qui sont dans l’oralité) qui a rédigé des analyses anthropologiques constructives notamment dans le cadre de son action sur le terrain local, dans l’accompagnement socio-éducatif des jeunes, on ne retrouve pas d’éléments méthodologiques chez les autres professionnels du travail social.

La reconnaissance d’un professionnel par ses pairs ne passerait-elle pas par ses écrits, par l’analyse qu’il porte sur la profession, et notamment sur les pratiques et techniques à transmettre essentiellement aux plus jeunes ?

Les auteurs français, canadiens, très efficaces pour leur environnement propre, sont généralement les seules et uniques références, dans les centres de formation pour la Guadeloupe, et pour nombre de professionnels consciencieux, semble t-il.

Place à la politisation du secteur : de plus en plus de loups dans la bergerie…

Aujourd’hui plus qu’hier, les travers de la décentralisation dans le secteur social font leurs effets négatifs, surtout en Guadeloupe, et ce même au mépris total de la profession, et de l’usager qui lui est considéré comme un bulletin de vote.

Le social n’intéresse plus personne et pas même les travailleurs sociaux eux-mêmes. Je rappelle à toutes fins utiles qu’il n’existe aucune association fonctionnelle et militante de ce secteur en Guadeloupe.

Et ça, les politiciens le savent très bien. Alors ces derniers ont pris les choses en mains. Ils veulent faire croire qu’ils font eux aussi de l’accompagnement, et ce au sein même de leur permanence électorale. Pourtant depuis les premières assises du travail social en 2014 et celles de 2015, ni l’ancien, ni la nouvelle présidente du conseil départemental, chef de file de l’action sociale, n’y ont assisté. Ils ont bien raison à réfléchir d’un peu plus près, leur présence n’y changerait pas grand-chose. De plus, les travailleurs sociaux (ASS, ES, etc.) sont de plus en plus dépréciés par beaucoup d’usagers, de citoyens, voire de certains de leurs collègues. Ils leur reprochent souvent un manque de posture professionnelle, le manque d’intérêt dans l’aspect méthodologique de leur métier, le manque de combativité pour leur profession, leur laxisme face à la situation sociale déplorable de leur propre pays.

Il serait temps que ça bouge plus dans le Social

Comment cela serait-il possible si le milieu se retrouve aujourd’hui enclavé, contrôlé, contaminé ?

A l’allure où vont les choses, les professionnels, la société, les politiques, je ne donne pas cher de la peau de ce secteur.

stoneexnihilo@gmail.com

 

 




12 Commentaires to “Toc toc toc : y a-t-il des travailleurs sociaux en Guadeloupe ?”

  1. Force est de constater également que l’accompagnement pédagogique des certaines écoles de formation aux métiers de travail social fait totalement fi de l’intérêt méthodologique du métier en lui-même. Ainsi, par exemple, lors de l’accompagnement des mémoires professionnels de recherche, certaines écoles n’hésitent pas à s’entourer d’éloquents universitaires d’enseignement général. Ces derniers n’ont souvent aucune idée de l’approche méthodologique du métier dans la construction du mémoire professionnel d’un travailleur social. Et pourtant sans aucun scrupule, ils continuent d’accompagner les étudiants dans la démarche du mémoire chaque année.

  2. Bravo pour ce post. ES en Martinique, je fais partie d’une association qui se pose les mêmes questions et qui essaie y apporter des réponses. Nous serions heureux de pouvoir échanger avec vous et si possible, impulser une démarche commune.
    A bientôt.

    • stone ex nihilo // août 5, 2015 á 4:10 // Répondre

      Gwadloup Matnik menm biten menm bagay abon…la preuve alors. Ok pour une démarche commune. Celle prônée par l’ensemble de l’équipe des TS de koezyon-glob et de ceux qui sont conscients de l’état du pays. Hélène ce travail a débuté dès lors que tu as apporté ton grain de sel cela prouve ta volonté pour un réel changement. Après toutes les propositions sont les bienvenues.

  3. En juillet août le social est en stand bye. Je me souviens l’année dernière mon voisin avait des problèmes d’argent début juillet. Il avait du mal à manger. Il a été voir une assistante sociale qui a mis en place une aide alimentaire. Il n’a jamais pu recevoir son colis car la croix rouge au raizet pendant les vacances est en réduction d’effectifs donc va à contre courant. En septembre on l’a appelé pour qu’il récupère son colis trop tard sa situation était rétablie.

    • LES DIMANCHES DE LA CREATION // juillet 21, 2015 á 9:08 // Répondre

      Je connais beaucoup de travailleurs sociaux qui le sont vraiment, d’autres qui vivent au quotidiens des souffrances parce que les personnes qu’ils suivent ne font aucun effort pour changer leurs statuts d’assistés.
      Désespérance et espérances sont des cycles du temps, pluie et tempête et sécheresse aussi.
      Mais il faut savoir créer sa propre résilience pour sortir du déni et vivre sa vie à la bonne heure.

  4. LANOIR Luciani // juillet 20, 2015 á 1:47 // Répondre

    Les problématiques de la société en Guadeloupe traversent le secteur du travail social. Tout est lié de manière systémique. Que les travailleurs sociaux ne soient principalement que le relais d’un arsenal législatif, d’un prêt à porter venu tout droit de l’Hexagone n’a rien d’étonnant. Cette posture est attendue de tout fonctionnaire de l’Etat français qui lui-même ne conçoit son existence qu’au sein d’une France jacobine et unifiée même avec ses différences culturelles qu’elle se hâte de gommer. Le système scolaire est le premier à participer à ce gommage: parler français de France, connaître la géographie et l’histoire de France de même que sa littérature est une priorité par rapport à l’apprentissage des « particularismes ». Aussi les enfants de Guadeloupe et notamment ceux qui deviendront plus tard des travailleurs sociaux ont-ils une grande méconnaissance du monde qui les entoure et qui est le leur. Ce qui a pour conséquence de créer un décalage entre la pratique professionnelle du TS dite interchangeable avec n’importe quel autre travailleur social de la « métropole » et la réalité du terrain qui elle est construite sur d’autres présupposés historico-culturels que celle de la France hexagonale. Par la force des choses les travailleur social est d’abord un fonctionnaire qui applique des lois plutôt qu’un individu engagé qui risquerait de ruiner sa santé à vouloir faire fondamentalement autrement. Il faudrait alors un courage au-dessus de toutes contingences et une ascèse quotidienne pour affronter seul(e)en l’absence d’association professionnelle la déontologie politiquement correcte du TS.

    • LES DIMANCHES DE LA CREATION // juillet 21, 2015 á 7:49 // Répondre

      J’aime ton point de vue, mais il ne peut justifier que l’on devienne travailleur social que pour la raison culturelle de ressembler à un profil venu et voulu par l’institution de tutelle Française. Choisir un métier aujourd’hui est un dilemme et un travailleur social aujourd’hui est un expert en physique ou en mathématique, un gestionnaire en finance contrarié, un étudiant influencé par un autre ou par ses parents, on ne choisit plus un métier par amour et par motivation, ni de sa conviction d’apporter sa sensibilité humaine à la carrière sociale, mais on passe tous les concours et on prend celui qui garantit une liberté de carrière financière. C’est ainsi que la société produit des suicides et des dérives, on le constate dans l’éducation nationale également de cas de carriéristes qui gagnent des sommes considérables car ils sillonnent la planète pour porter l’éducation dans les espaces les plus reculés de la planète et ne restent pas plus de deux à trois ans, avec des temps de formation et peu de temps consacrés à enseigner réellement.

  5. Bonjour koezyon. On voit à quoi sert le conseil départemental en Guadeloupe un haut lieu de la corruption et du détournement de fonds quel que soit le bord politique ils font la pluie et le beau temps avec l’argent public. C’est déplorable.

    • un travailleur social, au sens littéral, est un professionnel qui travaille pour la société, pour un bon fonctionnement, pour un changement. A vrai dire en Guadeloupe, il n’y en a pas médiatiquement qui sont activistes, car ils ne font bouger rien du tout à part le fait que leur apport sur le terrain souvent déstabilise, pour un partie, plus qu’il n’arrange les choses. Je m’explique : quand un TS ne s’intéresse pas à la culture de son pays, ne va pas dans les séminaires organisés le week-end par exemple (c’est mieux en semaine sur l’heure du travail on part en excursion), ne se retrouve dans aucune dynamique associative que ce soit dans son quartier, dans sa commune, que ses propres voisins ne savent même pas qu’il en est un c’est la preuve d’un désaveu total d’une volonté positive en offrande pour la nouvelle génération. Beaucoup de travailleurs sociaux sont arrivés aux limites de l’exercice de la profession après quelques années d’exercice et ne se l’avouent pas. Se faisant ils gangrènent le métier car les nouveaux professionnels arrivant, les usagers voire même les stagiaires sur les sites qualifiants se réfèrent à eux comme d’une logique existentielle du professionnel, alors que ce n’est point le cas. Le Social demeure un exercice très noble de la profession, mais peu le démontrent au quotidien.

      • Oui stone c’est ça un TS en France, au Canada, mais ici on est en Guadeloupe. Sont-ils réellement des TS ? Ils ne réagissent pas en masse en prévention de l’accentuation de dérives sociétales. L’exemple de la car wash devrait pousser certains à réagir. Le feront-ils, j’ai des forts doutes fondés. La Guadeloupe n’a pas de garde-fous pour protéger ses intérêts. Regroupons-nous, mobilisons-nous!!!

  6. Vous avez touché Stone les problématiques liées au travail social : les motivations qui nous conduisent à ce métier qui comme beaucoup requiert un engagement, une vocation nécessaires pour accompagner les personnes ne difficulté. Or, il est pour beaucoup d’entre nous, un moyen de gagner sa vie, un moyen d’être en vue.
    D’autre part, l’abandon du social par les politiques est criant. Ils ne s’en servent que lors des campagnes électorales, pour gagner des voix.
    Le secteur social en Guadeloupe n’existe pas en tant que tel, en tout cas il n’accomplit pas ses missions. On n’a qu’à se pencher sur le quotidien des travailleurs sociaux qui sans ligne directrice ou projet de leur service, essaie tant bien que mal de répondre à la demande.
    Les Assises n’ont pas permis jusque là de répondre aux questions sur le sens du travail social dans notre département, la pertinence de lois avec lesquelles nous travaillons, dans un contexte particulier.

  7. LES DIMANCHES DE LA CREATION // juillet 16, 2015 á 12:26 // Répondre

    J’aime vos propos qui me conforte que depuis des dizaines d’années, on choisi un métier pour la place qu’il vous donne dans la société mais pas pour sa philosophie d’action sur le terrain. le secteur que vous décrivez et celui de l’éducation populaire sont les plus touchés.
    Je parle dans mes discours au sein de l’accompagnement au changement de paradigme du désir de faire ce que l’on choisi de réaliser pour les dix prochaines années, une approche du concept de résilience pour sortir de l’état de sidération que la société moderne a mis en nous pour aller vers la mort le stress et le burnout. Il faut relever la tête et regarder autrement la nature et les êtres qui y vivent et pour lequel il n’y a de place que pour l’amour. aimer l’autre et faire bien ce que l’on aime et que l’on choisi de faire.
    Guy LE BLANC

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