Séminaire de la ville des Abymes : « comment combattre le délitement des liens familiaux ? »

Séminaire de la ville des Abymes :  « comment combattre le délitement des liens familiaux ? »
Pour la 4ème fois  consécutive, la ville des Abymes sous l’autorité  de Mme Renée-Georges NABAJOTH-DELOUMEAUX, l’élue déléguée à la famille, a organisé son séminaire annuel, ce mercredi 29 octobre 2014, autour de problématiques liées à la famille. Ce séminaire a relativement tenu toutes ses promesses, malgré les caprices de la météo. Le thème cette année était : « Comment combattre le délitement des liens familiaux ? » Pourtant le public, pour cette fois-ci, n’a pas fait affluence, comme à l’accoutumée. On peut tout de même noter des interventions riches d’expériences diverses. Un parterre de professionnels, issus d’horizons différents ont été conviés pour aborder cette question du délitement des liens familiaux. Notons donc la présence de Mme Emmanuelle MERI, ancienne juge des enfantsDSC_0021, de M. Jean-Claude TOQUIN, thérapeute familial et de M. Errol NUISSIER psychologue.

En préambule,  la présidente d’honneur, Mme CLOTILDE-VESPASIEN, ancien proviseur, met en avant les évènements violents touchant jeunes et moins jeunes, relayés par les médias et qui nous interpellent tout un chacun. « La présence de chacun lors de ce séminaire dénote une volonté de contribuer à la réflexion qui doit être portée concernant le délitement de la famille guadeloupéenne », a-t-elle précisé. Mme CLOTILDE-VESPASIEN a donné une définition du terme délitement qui désigne, selon elle, le désengagement, le déliement. Certaines citations créoles traduisent cet état de fait : manman vé pa vwè pititpapa pa jan lagwanmè ja fè tan ay. Elle a ensuite posé des questions plus que pertinentes, exemple : « Les parents se désengagent-ils vraiment dans l’éducation de leurs enfants? Malgré leur grand âge, n’avons-nous rien à DSC_0014apprendre de nos aînés ? » Autant de questions qui doivent susciter notre réflexion. Madame CLOTILDE-VESPASIEN termine sur ce vœu pieux que ce « séminaire ne doit pas être une réflexion de trop ».

Mme JACOBY-KOALY, socio anthropologue, Présidente de la séance a donné sans plus attendre la parole à Mme MERI. Pour débuter son intervention, Mme MERI a posé la question sur la nécessité ou pas de toujours regretter le passé. « Cette époque révolue a eu son lot de souffrances surtout pour les femmes, avec les maladies, les conditions matérielles difficiles qui obligeaient à laver à la main les vêtements d’une famille nombreuse. Cette période était aussi synonyme de viols et autres violences conjugales pratiqué en toute impunité ». Pour elle, à cette époque, il y avait un vrai délitement de la famille qui consistait pour la femme a accepté la misère. Mme MERI fait le constat « qu’il est plus approprié d’être dans une marche en avant et de chercher ce qu’il y a de positif à notre époque, de la valoriser ». Ancienne Juge des enfants, elle a fait une incursion dans la loi, précisément sur l’autorité parentale. On est passé de la toute puissance paternelle à l’autorité parentale, car la femme qui était considérée par la loi comme incapable a vu son statut évolué. Depuis 1970, elle partage l’autorité parentale avec le père de ses enfants. Madame le Juge nous précise que cette loi  a pour objet « de placer le cadre de notre engagement pour éviter le délitement de la société. Mais cela ne suffit pas. A côté de la loi, il faut des valeurs sûres comme la morale, la conscience. Ils doivent tous être utilisés pour éviter le délitement familial ». Nous devons aussi tenir compte des évolutions de la société, des nouvelles familles qui vont nécessiter des adaptations de la part de tous.
De son expérience passée, madame MERI se rappelle de parents très différents les uns des autres, toxicomanes, alcooliques, femmes violées, et pour lesquels elle devait statuer. « Cela n’a jamais été des décisions faciles à prendre », explique-t-elle.

Le second intervenant, M. TOQUIN, thérapeute familial, a lui aussi enjoint chacun « à ne pas idéaliser le passé qui a eu son lot de souffrances et de difficultés. Il parait plus logique de regarder notre DSC_0030époque car c’est avec les familles d’aujourd’hui que l’on travaille. Il ne faut  cependant pas nier que les conséquences de notre époque sont la résultante du passé, de façons d’agir d’antan ». M. TOQUIN, dans sa pratique professionnelle, aide de nombreuses familles en souffrance. Cet accompagnement se fait dans une approche systémique qui, révèle bien des maux. Parmi ceux-ci, de nombreux sont récurrents :

problème de l’autorité parentale : de nombreux parents ont du mal à poser un cadre à leur enfant. Ils sont dans un idéal de l’enfant et vivent la frustration comme une mauvaise éducation. Ces parents compensent le manque d’autorité et de présence par des cadeaux coûteux.

les grossesses précoces : qui posent problème car ces jeunes filles  sont dans l’incapacité à se prendre en charge, et a fortiori un bébé. Pour elles, c’est un moyen de reproduire un modèle familial ou de sortir de ce système économique et social. Le plus grave, pour certaines, faire un enfant est un projet de vie procurant des revenus. Le délitement peut venir du fait qu’à un moment cet enfant est un frein à leur désir de « s’amuser, de vivre leur jeunesse ». D’autres problématiques ont suscité aussi l’attention de M. TOQUIN, telle  que la difficulté à communiquer sur les difficultés. Pour lui, il faut arriver à faire que la famille accepte une intervention extérieure et qu’elle puisse s’exprimer. Les espaces de paroles sont des outils qui ont fait leur preuve et participent  à la libération de cette parole de la famille.

DSC_0016La dernière intervention, celle de M. Errol NUISSIER a mis l’accent sur le rôle du professionnel dans le délitement de la famille. Pour illustrer ces propos, l’exemple des placements a été pris. Parlant d’une époque passée, il a montré qu’il a pu s’opposer à des placements pour prioriser un autre accompagnement éducatif. Alors questionnement : Les professionnels procèdent-ils à des placements trop hâtivement ? En dernier lieu, M. NUISSIER pense qu’il  est  essentiel de connaître notre culture pour un meilleur accompagnement. Selon lui, les croyances magico religieuses peuvent être des freins à une prise en charge médicale, si le patient pense à un mauvais sort. Cela pose  une difficulté dans la relation familiale. Enfin, toujours selon lui, tout professionnel doit orienter un usager dès lors que leurs problématiques ne sont pas de leurs compétences, pour favoriser une réponse adéquate à sa difficulté, avec pour conséquence une meilleure  prise en charge  de leur famille et donc d’éviter le délitement.

L’intervention d’une assistante sociale, d’expériences riches de terrain,  a permis de rappeler que le placement d’un enfant se faisait dans le cadre de la loi sur la protection de l’enfance et qu’on tenait compte d’éléments concrets de danger pour l’enfant.

Si nous devions retenir une chose de ce séminaire, c’est que le passé  n’était pas meilleur que le présent. Le délitement des liens familiaux peut être vaincu par l’accompagnement des parents par des professionnels. Les  valeurs positives transmises par leurs aînés peuvent être d’une aide certaine. Quels que soient les moyens utilisés, la communication doit être privilégiée.

Koezyon-glob.fr

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