Raymond OTTO socio anthropologue : « il existe une déficience de connaissance sur la cosmogonie ; par exemple on se rend bien compte que les tueries en Guadeloupe, quelque chose de très moderne, qui se mettent en place remettent à zéro cette cosmogonie ; puisqu’on invoque toujours l’ancêtre, donc si l’enfant meurt avant son parent cela change dans le système de la cosmogonie ».

Raymond OTTO socio anthropologue : « il existe une déficience de connaissance sur la cosmogonie ; par exemple on se rend bien compte que les tueries en Guadeloupe, quelque chose de très moderne, qui se mettent en place remettent à zéro cette cosmogonie ; puisqu’on invoque toujours l’ancêtre, donc si l’enfant meurt avant son parent cela change dans le système de la cosmogonie ».
Pour Raymond OTTO, « Tous les protocoles et les process mis en place ces 30 dernières années sont remis à zéro ; pourquoi ?…parce que la référence du capitalisme a changé. On revient encore à prendre en charge l’individu à le reconstruire alors que sur les 30 dernières années on s’est acharné à le déconstruire afin qu’il soit un consommateur. On est arrivé au bout de la chaîne et on constate que ce consommateur coûte plus cher que ce qu’on veut qu’il consomme.

Le principe de l’action sociale et de l’intervention sociale, c’est une intervention de redistribution ; c’est là où le bât blesse !!! Expliquer à des professionnels qu’en fait ils sont payés non pas pour ce qu’ils vont faire mais pour ce qu’ils ne font pas et qui est la partie la plus importante de ce qui est rentable pour celui qui les finance ».

Il est beaucoup plus rentable pour l’Etat de garder cette situation d’illusion que de donner aux professionnels les outils pour mener à bien leurs missions.

« Si on veut parler social, poursuit-il, il faut maîtriser les règles économiques. On est en Guadeloupe toujours sur un rapport de commerce triangulaire, sauf que ce qui est intéressant ce sont les flux financiers, c’est ce qu’il faut analyser ; ce n’est pas le produit, il faut s’en détacher et regarder simplement la valeur financière qui en émerge, et c’est pour cela que les métiers du social ont évolué non pas dans la qualité de ce que l’on produisait mais simplement dans le corpus de biens qu’on doit garantir aux personnes qui sont dites en situation de précarité. Aujourd’hui, il faut garantir à ces derniers : une connexion internet, ce qui est normal, la vêture, tout ce qui est aménagement, literie et autres….mais même le crédit de la voiture, parce que ça aussi rentre en compte dans la fameuse problématique de la mobilité pour aller vers l’emploi ».

L’emploi ? Quel emploi ?…

« Mais s’il n’y a pas d’emploi on revient à la case départ….le travail ; car l’emploi est basé sur la qualification et le diplôme or nous sommes dans une société où l’échec scolaire est la référence ; si il y a échec scolaire il n’y a pas de qualification, donc on ne peut pas accéder à l’emploi (car éloigné de l’emploi), mais on peut trouver du travail ».

Que font ces nombreux dispositifs pour ce public ?… « De lever des freins qui n’existent pas », répond-il !!!

Raymond OTTO poursuit donc : « il faut remettre au goût du jour des éducateurs techniques pour accompagner les jeunes, qui veulent créer leur propre emploi, sur un savoir-faire manuel ; revenir à la fonction de base de la société ».

En ce moment, M. OTTO effectue un travail avec des associations de Port-Louis afin de réactiver ce qu’on appelle « la société civile » pour se pencher sur les vrais problèmes de cette société, surtout pour la jeunesse : il s’inquiète : « donner la chance à ces jeunes d’être des acteurs réels et non des acteurs sublimes. Il y a plus de gens qui se nourrissent de la jeunesse que de personnes qui travaillent pour la jeunesse. Ce qui n’est pas normal ».

Selon lui, il est plus simple de prendre en charge les professionnels aujourd’hui car les références du travail social ont changé mais le travail social en lui-même n’a pas changé.

Concernant le magico religieux en Guadeloupe

Avant tout, Raymond OTTO souhaite tout de même laisser la paternité du sujet de l’intervention sociale face au magico religieux à M. FLAGIE car il a beaucoup écrit dessus.

Selon lui : « il est essentiel de parler de l’intervention sociale en Guadeloupe, pour ensuite parler du magico religieux. Les jeunes professionnels ne sont pas formés à cela ; la nouvelle génération recommence à utiliser des rites de protection ».

« Il s’agit de clarifier avant tout les enjeux du Travail Social ; ainsi on clarifiera pourquoi dans la formation des Travailleurs Sociaux il n’y a pas un module d’anthropologie des us et coutumes liés aux croyances du magico religieux ».

….faut comprendre ici que l’Etat français ne va jamais permettre  que l’on ait une totale compréhension du système pour lequel on veut injecter les professionnels pour faire du traitement….

« Le magico religieux rentre dans les croyances et représentations du territoire. Mais pour comprendre le magico religieux il faut comprendre la cosmogonie antillaise. C’est la base de compréhension de toute société et de la notre.

En Guadeloupe, par exemple le mort n’est jamais vraiment mort ; avec les messes du souvenir, quarante jours, la prière, la toussaint, etc. ; en gros chez nous le mort reste vivant. Pourtant la cosmogonie des guadeloupéens est liée à celle du nord de la France et non de l’Afrique (exemple de la prière des abeilles, des étudiants, le livre de l’abbé Grégoire, des 44 prières, etc.). Pour comprendre le magico religieux il faut comprendre la cosmogonie du nord de la France, du bocage normand ».

« Le principe du contrôle social imposé par la bête du gévaudan, c’est par rapport au financement ; par exemple il faut payer le gadèt zafè avant la protection ».

Ainsi donc comprendre le magico religieux est d’abord comprendre la cosmogonie antillaise. Raymond OTTO ajoute : « il existe une déficience de connaissance sur la cosmogonie ; par exemple on se rend bien compte que les tueries en Guadeloupe, quelque chose de très moderne, qui se mettent en place remettent à zéro cette cosmogonie ; puisqu’on invoque toujours l’ancêtre, donc si l’enfant meurt avant son parent cela change dans le classement de la cosmogonie. Par conséquent, l’enfant mort avant ses parents construit une dette » ; la fameuse dette symbolique. « Une fois la dette inscrite dans la famille, i fo fanmi la péyé peine ay. D’où l’on va retrouver des familles inscrites dans la fatalité. Quelque soit ce que les professionnels mettront en place comme démarches d’expiation, elle va rester repositionnée sur cette croyance qui est forte » ; par exemple on entend que telle famille est maudite…

La question essentielle : comment expier la dette ?

« Si le professionnel ne comprend pas tout ceci, il pourra mettre en place toutes sortes d’actions, ce sera voué à l’échec », appuie-t-il.

Le public jeune et le magico religieux ?

Raymond OTTO répond : « le public jeune recommence avec des pratiques ancestrales ; les professionnels auront à traiter des croyances qui sont d’un autre temps ; puisque ce qui est d’actualité en ce moment, c’est que les jeunes filles jettent des sorts aux garçons, et ces mêmes garçons n’ont plus d’érection. Beaucoup de professionnels mettent en place des consultations psychologiques pour des jeunes qui n’ont plus de fonctions érectiles ».

On parle donc du principe de transmission de la grand-mère à la petite fille. La modernité n’a donc pas empêché des pratiques rurales. Pourquoi notre génération qui est lettrée n’aurait-elle pas recours au magico religieux ?

Il indique à ce propos : « il faut lire la Guadeloupe comme elle se présente tous les jours ; on continue toujours à faire des bains de feuillages, les gens rentrent d’une certaines manières dans la mer, tous les jours les gens se protègent contre les mauvais sorts de la vie. Et pourtant les gens ont fait des études !!! Et pourtant les gens sont cadres !!!

En Guadeloupe, on a eu deux générations de personnes athées. Pourtant la foi est revenue avec l’ouverture du mariage pour tous ; tout le monde croit en Dieu ».

La médecine douce et traditionnelle

Raymond OTTO explique que : « si le professionnel ne connaît pas ça…i an dalo !! S’il ne sait pas reconnaître les plantes, les fameux bains. Il y a les bains de protection, les bains d’envoûtement, mais il y a aussi les bains de destruction ».

« Il est recommandé à un jeune homme de ne pas boire des boissons colorées chez une jeune fille, s’il ne compte pas resté avec elle ».

Il rappelle que les personnes âgées connaissent, sont bien au fait des rites, us et coutumes, il faut en parler avec elles.

Il faut retenir que ne pas pratiquer ne veut pas dire ne pas connaître.

Raymond OTTO appelle le bon magico religieux  les contes et les légendes, tel que l’homme au bâton.

Il s’agit, selon lui, de créer une grille de lecture sur le magico religieux. L’important n’est pas de croire mais de connaître.

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6 Commentaires to “Raymond OTTO socio anthropologue : « il existe une déficience de connaissance sur la cosmogonie ; par exemple on se rend bien compte que les tueries en Guadeloupe, quelque chose de très moderne, qui se mettent en place remettent à zéro cette cosmogonie ; puisqu’on invoque toujours l’ancêtre, donc si l’enfant meurt avant son parent cela change dans le système de la cosmogonie ».”

  1. cordoval sonny // janvier 3, 2014 á 7:43 // Répondre

    merci pour le séminaire du 3/1/2014 nous invitant à considérer la pluri culturalité dans la pec (prise en considération de l’accueilli) afin d’éviter le « portage » dans la notion de prise en charge…en tant qu’éducateur de jeunes enfants il nous est demandé de ne pas se substituer aux parents…mais de travailler à restaurer la parentalité ou l’améliorer en considérant l’anamnèse, les stades de développement de l’enfant,… avec le concours pluridisciplinaire/ pluri professionnel des autres éducateurs, rééducateurs, thérapeutes,…donc merci pour votre intervention qui nous conforte que c’est le premier lien humain qui permettra une bonne approche/démarche professionnelle…concernant la situation critique de tout considérer d’un point de vue économique…certaines populations vivant le plus harmonieusement avec la nature, générations confondues ne véhiculent pas de discours je sais tout/ j’ai tout vécu…mais disent avoir à apprendre et comprendre durant leur vie et au-delà…parallèlement nos populations modernes, même chez les générations, des plus jeunes sont blasées on moun ka simé planté ka konprann kè sé yennki sa ki natirèl ki ka « fè pitit » lajan pa fè pitit… sé moun ka jéré lajan …sé moun ka jéré on pakèt lajan ka ba majorité la ki ka ègzékité lilizyon tou a yo pou divini rich ké rivé…majorité la ka pri an sa davwa transmisyon a konpran sé tè/ lanmè ki sé baz pou fè lajan pa fèt…édikatè wi mè dapré ki baz…sé sa mwen ka pran swen pawtajé…pawôl kout… mèsi ankô

  2. je nz suis pas du tout au fait du magico-religieux. c’est un domaine à approfondir car c’est vrai qu’ici c’est très ancré dans la culture : horoscope, quimboiseur,boutique ésotérique

  3. Cet article se superpose un peu à votre édito (koezyon-glob du 15 nov 2013) ; par rapport aussi et particulièrement aux étudiants qui sont formés en Guadeloupe et à qui on dit d’aller chercher du travail en europe, que leur diplôme est un diplôme européen…mais tout ça ce sont des conneries et ceux qui le disent ne le penseront pas pour leurs propres enfants.
    M. OTTO est tout simplement un homme qui dit des propos cohérents et qui sait de quoi il parle : il est un vrai guadeloupéen avant tout et puis il s’agit d’un sociologue anthropologue qui veut nous faire avancer dans le bon sens. Je pense très sincèrement que la Guadeloupe, les professionnels, les travailleurs sociaux peuvent s’appuyer sur ses thèses sans avoir  » peur « .

  4. c’est une façon très intéressante d’aborder le travail social. Cela a engendré une réflexion et une remise en question des « outils » que l’on croit nécessaire face à un public dit précaire.
    Monsieur OTTO est soit un visionnaire ou soit un homme doté d’une grande imagination!
    Quoi qu’il en soit, je trouverais intéressant d’avoir une bibliographie sur la cosmogonie…à bon entendeur….

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