L’interview d’une Chef de service d’un Centre d’Hébergement, l’exemple de Cap’Avenir…

L’interview d’une Chef de service d’un Centre d’Hébergement, l’exemple de Cap’Avenir…
En 2013, la Guadeloupe  a remporté le triste record du département français le plus meurtrier de France avec notamment les violences domestiques qui y figurent essentiellement. Toutes les catégories sociales sont concernées par la violence, et particulièrement par les violences conjugales, ce qui amène des femmes, de milieu divers, défavorisé ou  de milieu aisé, de femmes de cadre, même de fonctionnaires de l’ordre public, etc., à trouver refuge en centre d’hébergement. A ce propos, Cap’Avenir est justement une association qui a pour mission principale l’hébergement et l’accompagnement de ces femmes en situation d’exclusion et de précarité. Mme BEBEL en est la Directrice. Mme GOMBAULT est Chef de service dans la structure et a bien voulu nous dire davantage sur le sujet.

Céline GOMBAULT titulaire du Diplôme d’Etat d’Assistant de Service Social en 2004, son premier poste en qualité d’Assistant de Service Social a été à Cap Avenir. A l’époque, la structure n’avait que le Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale (CHRS)[1] de 24 places, puis progressivement l’association est passée à 32 lits. En 2008, ils ouvrent le Centre d’Hébergement d’Urgence (CHU) avec 20 lits, ce qui lui donne une capacité totale de 52 lits. Puis en 2009, Mme GOMBAULT est nommée Assistant de Service Social coordinatrice, et par la suite, en 2012, elle est passée uniquement sur le poste de coordination. C’est en juin 2012 qu’elle est nommée Chef de service, part en formation en septembre 2012 pour préparer son CAFERUIS qu’elle termine en juin 2014. Vis à vis du  personnel, son positionnement a changé par rapport au poste de coordinatrice

L’association Cap Avenir existe depuis 2002. Depuis son arrivée en 2004, Mme GOMBAULT a vu toutes les évolutions en termes d’ouverture de structures, d’évolution du public, d’évolution vis-à-vis de la législation, l’arsenal législatif a changé notamment en matière d’hébergement, d’hébergement d’urgence, d’accès au logement.

En 10 ans de carrière, elle dit avoir beaucoup appris du public : « il y a encore beaucoup de choses à apprendre, je ne peux pas dire que je sais tout sur le social ». Une des choses qu’elle a retenue c’est qu’on ne peut pas travailler seul, qu’on ne peut pas accompagner un usager seul, on est avec les partenaires autour de l’usager. Il faut, dit-elle : « qu’il y ait de la cohérence dans l’accompagnement qu’on met en place, car si l’usager ne comprend pas le sens de ce qu’on met en place pour lui, lui-même il est perdu ».

Mme GOMBAULT remarque qu’avec le temps le public qu’ils accompagnent, au sein de Cap’Avenir, est de plus en plus jeune, avec des problématiques de violences : « quand on a une jeune femme de 20 ans hébergée pour violences conjugales, souvent elle a commencé à prendre des coups depuis l’âge de 15 ans », des coups provenant de son compagnon.  Elle poursuit : « on accueille beaucoup de femmes qui ont un passé de placement en institutions, soit en établissement, soit en famille d’accueil, également des jeunes avec quelques fois des problèmes de toxicomanies et également un public qui a des pathologies qui relèvent de la psychiatrie ».

K-G : Quel est justement le positionnement pour ce type de public relevant de la psychiatrie ?

Selon Mme GOMBAULT, avant tout il s’agit pour elle de faire le point voire la différence entre les deux structures par rapport à la toxicomanie : « le CHRS est un hébergement qui peut durer jusqu’à 6 mois, pouvant être renouvelé jusqu’à un an, c’est un hébergement pour lequel il y a un entretien préalable avec la personne où elle a déjà un projet de vie à mettre en place. Le Centre d’Hébergement d’Urgence et de stabilisation, c’est de l’urgence, c’est-à-dire qu’on reçoit toute femme qui au moment T où elle appelle, en faisant le 115 ou est au commissariat par exemple, on l’héberge, quelque soit sa situation, qu’elle sorte de prison, qu’elle soit à la rue, puis par la suite on travaille avec elle l’émergence de projet. Une femme qui est en CHU, peut rester une nuit, peut rester deux nuits, puis peut partir, puis revenir. On  lui propose un hébergement d’urgence, accueil qui est effectif du lundi au dimanche. Tandis qu’au CHRS, on fait des admissions et des intégrations du lundi au vendredi. Au CHRS, les femmes sont déjà plus stabilisées dans un projet de réinsertion, alors que le CHU est là pour favoriser l’émergence de projet mais la personne n’a pas d’obligation d’avoir un projet pour entrer en urgence. Sur la situation d’urgence, on a des femmes qui ont connues la rue, ou connaissent la rue depuis longtemps n’ont pas de projet de sédentarité, de projet de vie, ou au sein d’ un appartement, elles ont juste d’autres besoins, de se poser juste pendant une semaine, de prendre du recul, de ne pas forcément avoir de contact avec la rue ou avec quiconque ; s’il y a lieu de faire quelques démarches, puis repartent sans qu’on les revoit ou quelques mois après. L’urgence est faite pour ça ».

Cap’Avenir possède l’habilitation pour accueillir les femmes rencontrant des problématiques de toxicomanie âgées de 18 à 30 ans. A l’origine c’était sa vocation. Mme GOMBAULT précise pourtant que : « souvent le public toxicomane ne se reconnaît pas dans le public d’hébergement parce que ce ne sont pas les mêmes modes de vie ; elles (les femmes) ont un mode de vie de « la rue. En centre d’hébergement il y a des rythmes de vie alors que dans la rue il n’y en a pas. Et puis après il y a la consommation de produits (médicaments, alcool, héroïne, cocaïne, cannabis, crack, etc.) si elles ont des ressources, tout passe dedans. Celles qui sont dépendantes du crack ne restent pas longtemps en hébergement car ce produit entraîne une dépendance très rapide. Il existe aussi des femmes en CHU et en CHRS qui avouent leur toxicomanie, et petit à petit, progressivement on arrive à mettre en place une prise en charge santé soit avec les services du COREDAF, soit avec les services addictions. Souvent la toxicomanie est ancienne, et est liée à autre chose, soit parce qu’elles ont commencé à fumer très jeunes, ou ont évolué vers d’autres produits, mais également que leur réseau social est lié à leur toxicomanie. Et elles n’ont que ça : le compagnon, les amis du compagnon ; et quand on travaille la démarche d’arrêt, elles se retrouvent isolées. Quand on arrive à leur faire avouer leur toxicomanie, il faut ensuite supporter le regard de l’autre, ça réveille des choses, des souffrances qui sont souvent liées à un parcours, à une enfance difficile, à des incestes, à des violences conjugales. A Cap‘Avenir, on associe à cette toxicomanie un soutien psychologique, mais surtout un soutien quotidien, car souvent quand elles sortent du COREDAF, du réseau d’addictologie de l’hôpital, elles sont anéanties. On travaille avec le réseau dans la mesure de ce qu’elles acceptent. Cela peut prendre du temps. On s’assure qu’elles y aillent physiquement car souvent elles n’y vont pas.

La toxicomanie n’est pas un motif de refus à Cap‘Avenir, dès lors qu’il n’y a pas de consommation à l’intérieur du centre d’hébergement. Au contraire, « on les aide justement dans l’optique de mettre en place quelque chose avec elles », termine Mme GOMBAULT sur ce point.

K-G : Qu’en est-il des femmes atteintes de pathologies psychiatriques lourdes ?

C.G : « Il y a des femmes qui arrivent avec un traitement et un suivi du CMP. A partir de là on informe le CMP, ou c’est le CMP lui-même qui nous informe. Ainsi on s’assure du suivi psychologique, psychiatrique, des activités en hôpital de jour et de la prise de médicaments qui peut se faire au centre par la personne elle-même ou par une infirmière. On fait le lien régulier avec le CMP, sans pour autant connaître exactement la pathologie de la personne. Si la pathologie est trop lourde, soit la personne demande à se faire hospitaliser d’elle-même ou il y a possibilité de faire l’hospitalisation à la demande d’un tiers, souvent avec le soutien du CMP ; de toute façon, légalement il faut deux signatures. Face à ce public, il faut adapter l’accompagnement qui ne sera pas un accompagnement effectué comme pour une personne classique, car l’adaptation à la vie en collectivité n’est pas toujours le cas. N’ayant pas de personnel adapté à ce type de public, on fait beaucoup appel aux services concernés pour leur accompagnement dont on passe le relais, surtout en cas de comportements violents ».

K-G : Quelles sont les causes multiples qui amènent ces femmes à venir à Cap Avenir ?

C.G : « La principale problématique ce sont les violences, toutes violences confondues. 42 % des femmes qui intègrent le centre y sont pour des violences conjugales, familiales, c’est-à-dire violences physiques, des violences psychologiques, des violences sexuelles (souvent d’inceste avoué), des violences verbales et également des violences économiques. Les autres motifs peuvent être pour des raisons de rupture d’hébergement, de rupture de vie avec le compagnon, sans forcément qu’il y ait eu de la violence. Il faut retenir aussi que beaucoup de personnes victimes du contexte économique actuel, ne sont pas dehors (à proprement parlé) mais n’ont pas d’hébergement fixe : il passe souvent 3 mois chez une tante, 3 mois chez un ami, 3 mois chez un cousin, donc se retrouvent en rupture d’hébergement familial ou amical par la suite. Il existe aussi des motifs d’expulsion (ne sont pas nombreux), soit des fins de bail car le propriétaire ne renouvelle pas, ou la personne se retrouve à la rue à cause d’impayés de loyer. Les autres motifs sont, par exemple, des personnes qui viennent en vacances, qui ont rencontré un compagnon et qui finalement ne convient pas ; également à la suite d’un cambriolage, de fin d’hospitalisation, des personnes endettées qui ne peuvent plus rester chez elles afin de pas laisser augmenter la dette de loyer ».

K-G : A l’issue de la durée maximale d’hébergement, qu’advient-il d’une personne n’ayant pas de solutions de logement ou d’hébergement ?

C.G : « Il y a un bilan qui est effectué avec la personne, afin de voir ou elle en est. On revoit avec elle son projet de vie, aussi si les conditions sont réunies pour accéder à un logement. La sortie d’hébergement n’est pas forcément un logement. Cela peut être également un hébergement adapté (par exemple une MAS, une famille d’accueil, ou bien bénéficier d’un hébergement grâce à l’AGIPSAH, etc.). L’hébergement est prolongé le temps que la personne trouve une solution de logement ou au sein d’une autre structure d’hébergement. C’est surtout en fonction de la situation économique de la personne, on traite au cas par cas, on cherche une solution la plus appropriée qui va éviter un retour à la case départ. Quand il y a des enfants, que la mère a trouvé un logement, on permet un temps d’adaptation, car un enfant qui est resté un an en centre d’hébergement, a ses repères à Cap Avenir. Alors progressivement la famille emménage, et on va avec elle pour investir ce logement, son environnement, et que la transition se fasse tranquillement dans son logement. Généralement, nous faisons le suivi à 3 mois, puis on passe à l’Accompagnement Vers et Dans le Logement (AVDL)  pouvant durer un an après car il y a souvent des choses à travailler comme la vie en collectivité, la gestion du budget, les démarches courantes de la vie quotidienne. Par exemple, il arrive souvent d’expliquer à une jeune maman de 19 ans que la première chose qu’il faut payer dans un logement c’est le loyer, puis les charges courantes ».

K-G : Comment sont réparties les places en centre d’hébergement ?

C.G : « En CHRS, il y a 32 places, femmes et enfants, et en CHU il y a 20 places ».

K-G : Quel est le coût pour la personne ?

C.G : « Il y a un coût pour le CHRS et un autre pour le CHU. Mais ce n’est pas une condition première d’entrée en centre d’hébergement. Toute femme qui se retrouve en difficulté est hébergée. Elle bénéficie du même service, des mêmes prestations que celles qui ne paye pas. Au centre d’hébergement d’urgence et de stabilisation c’est un euro par jour. Au CHRS, c’est 20 % des ressources de la personne. Si une personne a un projet mais n’a pas de ressources, soit parce que les allocations sont terminées, elle va tout de même intégrer le CHRS et au moment ou elle retrouvera des ressources, elle paiera sa participation ».

Retenons donc que l’absence de ressources n’est pas une condition d’entrée en hébergement. La condition c’est d’être une femme et d’être en situation d’exclusion sociale.

K-G : Quelle est la procédure d’entrée en hébergement ?

C.G : « Pour le CHU, il faut faire le 115 qui est le numéro d’urgence ou le numéro du standard de Cap’Avenir qui est le 0590.91.18.89. A partir du moment qu’il y a de la place, la personne est hébergée. Il n’y a pas d’entretien préalable. Le CHRS, par contre, il faut un entretien préalable – si la personne est orientée par un travailleur social, il faut un rapport social – il s’agit à cet effet de préciser le projet de cette personne, si l’hébergement proposé lui convient. La situation est ensuite étudiée en commission. Une fois l’entrée validée, on appelle la personne pour lui signaler son intégration ».

K-G : Quel accompagnement qui est mis en place durant le séjour des femmes ?

C.G : « Il y a l’accompagnement humain et les prestations de services. En ce qui concerne les prestations de services, toute personne hébergée (en CHU ou en CHRS) bénéficie des 3 repas de la journée, de la literie, de la possibilité de faire ses lessives, de produits d’hygiène de base. Pour celles qui n’ont pas de revenus, elles bénéficient du mini bus pour effectuer les démarches administratives. Le centre d’hébergement permet également le bénéfice de la domiciliation. En termes d’accompagnement, sur chaque centre, il y a deux équipes qui sont composés d’une Assistante de Service Social, d’un Educateur Spécialisé, d’une Technicienne  de l’Intervention Sociale et Familiale(TISF) et d’une Animatrice Socio Culturel. Sur chaque centre, il y a donc une équipe éducative et deux veilleurs de nuit. En urgence, la personne n’a pas d’obligation de projets. On l’aide ainsi dans les premiers besoins en l’occurrence pour l’ouverture de droits. L’accompagnement qui est proposé en urgence est pour celles qui vont jusqu’à l’émergence de projet (pour une femme qui reste plus d’un mois). Une fois l’émergence de projet établie, tout dépend du rythme de la personne, on propose une orientation à la personne qui peut être vers le CHRS de Cap’Avenir ou une autre structure. Au CHRS, on travaille avec des personnes qui ont déjà un projet, en tout cas au moins une intention de projet. Peu importe le projet, il peut être professionnel, ou souvent c’est le relogement, mais aussi tout ce qui va autour du relogement. Au CHRS, c’est une aide pour la mise en place de son projet de vie, à recouvrer ou maintenir son autonomie ».

K-G : Quel est l’objectif de l’accompagnement ?

C.G : « Une personne qui vient à Cap’Avenir est amenée à retourner dans la société. Il ne faut surtout pas la déconnecter de la réalité. C’est particulièrement l’accompagner pour qu’elle soit suffisamment autonome pour sortir du yo pa ka fè ayin ban mwin. L’usager doit comprendre que la première personne qui fait quelque chose pour soi, c’est soi-même. C’est aussi un accompagnement au quotidien : se réveiller à l’heure, prendre une douche le matin, si on est en retard à un rendez-vous, appeler la personne pour s’excuser ; on ne réveille pas un enfant à 7h15 pour aller à l’école, expliquer à une maman qu’un enfant à un rythme qu’il ne peut pas aller se coucher à 22h comme elle, etc. ».

K-G : Le travail en partenariat et en réseau à Cap Avenir, qu’en est-il ?

C.G : « Le travail en réseau est de fait. Il se construit au quotidien. Quand on travail en centre d’hébergement, on découvre un partenaire tous les jours selon les problématiques des femmes. Mise à part ce qui a déjà été fait au niveau du secteur, on ne coupe pas les liens avec les partenaires qui gravitent autour des personnes pour que ce soit une complémentarité. Il s’agit d’avoir le même discours face à l’usager ; car même quand il y a de la cohésion, l’usager déforme le discours, il cherche son avantage ; et c’est normal. Ensuite, on a des partenaires courants, tels que la CAF, la Sécurité Sociale, et bien entendu tous ceux qui vont concernés l’ouverture des droits des personnes. Il y a également le CCAS, les écoles, l’Aide Sociale à l’Enfance, et quelque fois il arrive de faire des demandes de placement d’enfants. Pour ce dernier aspect, l’un des objectifs, par la suite, est de maintenir le lien avec l’enfant qui est placé. D’autres partenaires sont souvent Saint Vincent de Paul, les CMP, les hôpitaux, la Mission Locale, les partenaires du logement, de l’hébergement. On travaille avec tous les partenaires qui rentrent dans le projet de la personne. On n’a pas de conventions écrites avec les partenaires, à part avec le CIDFF (voir article CIDFF sur le blog koezyon-glob.fr), qui est un de nos partenaires incontournables. Cap’Avenir fait partie des associations fondatrices du Réseau Veille Sociale Guadeloupe (RVSG comprenant le SIAO 115 et le SIAO insertion), avec des associations telles que ACCORS, Saint Vincent de Paul. Cap’Avenir participe aux Commissions Partenariales d’Orientation (CPO) du SIAO également, pour trouver des réponses aux problématiques d’hébergement et de logement des usagers ».

K-G : Qu’en est-il de la partie insertion professionnelle au niveau de Cap Avenir ?

C.G : « Les personnes en contact avec le milieu professionnel sont peu nombreuses à Cap Avenir. Sur les 80 femmes hébergées en urgence en 2013, 4 étaient en situation de formation ou d’emploi. En termes d’insertion professionnelle, on fait couramment de l’écriture de cv, l’inscription à Pôle Emploi et l’adaptation au milieu du travail. Il s’agit surtout d’apporter une éducation de base aux personnes ; par exemple même pour déposer un cv dans une entreprise, préciser qu’il faut s’habiller correctement. Les femmes reçues sont en situation de marginalité pour l’ensemble, leurs préoccupations premières sont généralement ce qu’elles vont manger, comment ne plus prendre de coups, ne plus se retrouver dehors. Par ailleurs, 80 % ont un niveau 3ème, ne savent pas très bien lire, ne savent pas chercher dans un annuaire ; dans les administrations, elles ne sont pas écoutées, et ont des difficultés de compréhension ».

De façon générale, toutes les phases de la personne, tous les aspects de sa vie, en hébergement, sont repérés. L’équipe a connaissance d’un certain nombre de choses dont elle doit tenir compte dans l’accompagnement. Une chose est sûre, c’est que le résultat attendu n’est pas forcément le résultat du rythme de la personne.

K-G : Que manque -t-il en Guadeloupe en matière d’hébergement ?

C.G. : « En 10 ans de carrière, j’ai vu les choses évoluées, en termes de places en hébergement, en centre d’hébergement d’urgence, et notamment la création du 115, etc. Il faudrait améliorer le maillage des connaissances entre les professionnels, de ce qu’ils font, de l’existence des missions des institutions au niveau du territoire, il faudrait renforcer ce qui existe avant de créer, c’est-à-dire le travail en partenariat ».

 K-G : Le nombre de places en centre d’hébergement est-il suffisants ?

C.G : « On a davantage de places qu’avant. C’est le législateur qui fixe le nombre de places par rapport au besoin du territoire, même si cela ne colle pas forcément avec la réalité ».

K-G : Quid des hommes en hébergement ?

C.G : « En matière d’hébergement pour la famille (papa-maman-enfants vivant en harmonie), il manque des hébergements prenant en compte la situation des couples, pénalisant la présence de l’homme en cas de situation d’exclusion sociale. Il existe aussi des hommes victimes de violences en Guadeloupe, mais ce n’est pas notre spécificité à Cap’Avenir ».

 K-G : Quelle vision de la Guadeloupe au niveau de l’insertion sociale ?

C.G : « J’ai été formé à Toulouse. On a en Guadeloupe les spécificités du public qui sont liées au fait que nous soyons une île. Ce serait intéressant qu’on ait des échanges de pratiques professionnelles avec la France hexagonale, en formation d’immersion par exemple, au sein de structures du social pour porter un regard constructif de complémentarité ».

Céline GOMBAULT pense également qu’il serait souhaitable de créer des fiches uniques de liaison inter partenariales, par territoire, afin de tracer un usager, qu’il ne fasse pas plusieurs demandes identiques dans les différentes institutions et structures d’aide. Elle pense aussi que  créer des commissions d’échanges partenariales territoriales pourrait rendre le travail social plus efficace et harmonieux.

Céline GOMBAULT, une femme remplie d’humilité, qui s’exprime en disant : « j’ai beaucoup appris et j’ai encore beaucoup à apprendre » conclut en faisant tout de même ce constat positif que les femmes d’aujourd’hui victimes de violences conjugales, de plus en plus jeunes, partent plus tôt comparativement à l’ancienne génération qui veulent maintenir, vis-à-vis du regard de la société, et ce quelque soient les conditions, ce lien, cette institution du mariage.

CAP’AVENIR : 0590.91.18.89

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[1] C’est la loi 74-955 du 19 novembre 1974, (loi étendant l’aide sociale à de nouvelles catégories de bénéficiaires et modifiant diverses dispositions du Code de la famille et de l’aide sociale du Code du travail) qui créa les CHRS (dont l’intitulé de départ était « Centres d’Hébergement et de Réadaptation Sociale »). Ces établissements s’inscrivent actuellement dans le cadre des luttes contre les exclusions, conformément à l’application de  la loi du 29 juillet 1998 (le redéfinissant en Centres d’Hébergement et de Réinsertion Sociale), loi d’orientation relative à la lutte contre les exclusions et aux actions départementales en faveur de l’aide à l’exclusion sociale.




7 Commentaires to “L’interview d’une Chef de service d’un Centre d’Hébergement, l’exemple de Cap’Avenir…”

  1. bonjour
    très beau centre en plein cœur des abymes centre qui naturellement aide des femmes en difficultés et pour y avoir été durant quelques mois ( ou cela je dois le reconnaître m a bien aidé a rebondir ) mais alors que de bassesses et d humiliations je n ai jamais autant connu de racisme en guadeloupe autant de la part des hébergées que certaines des employées touours a nous rabaisser pour des moins que rien
    les commentaires de MADAME GOMBAULT n ont rien a voir avec la réalité lorsque vous etes au centre
    mais MERCI cela m a donné l envie de me battre mais pas grace à vous

  2. Très intéressant article bien fait . Une goutte non négligeable pour celle qui sont seules face  »aux prédateurs » quel qu’il soit.
    Elles en ont besoin. Dans un désert une goutte sur la langue aide à rester en vie à espérer à penser qu’on a une chance de voir demain.

  3. La situation des femmes victimes de violence conjugale est plus que préoccupante car elle entraine pour certaines une rupture avec leur entourage et donc une absence de soutien. Beaucoup de familles n’acceptent toujours pas que l’on se sépare d’un conjoint, même si il est violent. Heureusement qu’il y a l’aide apportée par ces structures

    • oui super centre disons très belle initiative mais il faut y avoir vécu pour vraiment connaitre le système qui est loin d etre tout rose ……………

  4. citoyen vigilant // mars 31, 2014 á 9:14 // Répondre

    Manifestement les places proposées dans ces structures sont insuffisantes.Il n’y a rien qu’à regarder le nombre de personnes dans la rue. Surtout les femmes qui se retrouvent dans cette situation.

    • Je ne sais pas si les places dans ces structures sont insuffisantes sachant que ce sont des hébergements et non des logements. Les objectifs des 2 sont différentes. Celles qui se trouvent dans la rue sont souvent toxicomanes et et la vie en hébergement n’est pas toujours supportée par ces femmes car cela entraîne un certain nombre de contraintes qu’elles ne peuvent accepter, et ceci indépendamment de leur volonté.

  5. stone ex nihilo // mars 31, 2014 á 3:42 // Répondre

    Je trouve cette interview très riche en infos notamment sur le fonctionnement des dispositifs d’hébergement. Cette dame explique très bien en présentant tout d’abord faisant la différence et en expliquant…merci à koezyon-glob pour cette interview très intéressante…

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