L’interview de Christine HOUBLON, Assistante Sociale de formation, Directrice Pénitentiaire d’Insertion et de Probation à la Direction Régionale des Services Pénitentiaires de Paris :« Beaucoup pensent qu’il n’y a pas de compétences en Guadeloupe, mais le problème n’est pas là. Nombre de Guadeloupéens n’ont pas envie de repartir en France, et donc ne passent pas de concours pour éviter cela. Or ils ont des compétences et se retrouvent à travailler sous l’autorité de personnes qui ont moins de compétences qu’eux ».

L’interview de Christine HOUBLON, Assistante Sociale de formation, Directrice Pénitentiaire d’Insertion et de Probation à la Direction Régionale des Services Pénitentiaires de Paris :« Beaucoup pensent qu’il n’y a pas de compétences en Guadeloupe, mais le problème n’est pas là. Nombre de Guadeloupéens n’ont pas envie de repartir en France, et donc ne passent pas de concours  pour éviter cela. Or ils ont des compétences et se retrouvent à travailler sous l’autorité de personnes qui ont moins de compétences qu’eux ».
« Je suis enchantée de voir de jeunes professionnels s’engager dans une action qui pourra donner de la visibilité au métier d’Assistant de Service Social, car c’est un corps de métier qui a besoin d’être plus reconnu par rapport au travail qu’il fait sur le terrain ». C’est par ces paroles encourageantes qu’a commencé notre entretien.

Christine HOUBLON a débuté sa carrière professionnelle en tant qu’enseignante en Guadeloupe, et c’est une rencontre dans ce cadre qui a motivé son désir de devenir Assistante Sociale par la suite. Elle relate : « un jour j’ai eu un élève qui redoublait pour la 3ème fois  la classe de CM2. C’est en discutant avec lui que j’ai su qu’il avait de graves difficultés, et qu’il ne mangeait pas à sa faim. Son père qui travaillait à une usine de carton ne lui donnait pas de quoi s’acheter à déjeuner, et sa mère était au foyer. J’ai donc pris des dispositions pour qu’il soit inscrit à la cantine, et je lui donnais tous les matins un sandwich ». L’aide pour pallier à ce manque a porté rapidement ses fruits car l’élève a pu s’investir dans son travail scolaire normalement. Cette situation a incité Mme HOUBLON  à s’orienter vers le secteur du social.

Après des études menées brillamment, elle a eu son premier poste en région parisienne, dans une zone appelée les « Cités Jardins », où elle a côtoyé une population maghrébine. Elle a appris ainsi son métier en polyvalence de secteur et a pu toucher du doigt les difficultés évoquées par les personnes suivies en allant sur le terrain. Elle donne une anecdote : « un jour je me suis  présentée à une agence ANPE et l’agent d’accueil, une femme, avec un comportement désagréable au départ, a tout de suite changé d’attitude dès lors qu’elle a su que j’étais Assistante Sociale ». Cela illustre bien les discriminations dont peuvent faire l’objet les populations issues notamment de l’immigration.

En plus de son activité professionnelle, Christine HOUBLON assurait, en tant que bénévole, une permanence à l’aumônerie Antilles-Guyane, avec des situations émouvantes et difficiles, comme celle de ce  couple d’antillais, fonctionnaires tous les deux, qui ne trouvait pas de logement en raison de leurs origines, alors que la femme était enceinte. Ils en étaient réduits à dormir dans leur voiture.

Mme HOUBLON a occupé des postes successifs comme Assistante Sociale du personnel au Ministère de la Santé, puis au Ministère des Finances. Après ce premier parcours en France en qualité d’Assistante Sociale, Mme HOUBLON est revenu travailler en Guadeloupe. Elle a occupé des postes à la Maison d’arrêt de Basse-Terre et au tribunal en qualité d’Assistante Sociale pénitentiaire. Cela s’est fait par le biais d’un détachement.

Mme HOUBLON nous avoue avoir été victime de beaucoup de comportements abusifs de sa hiérarchie. Elle s’est vue ainsi, selon ses dires, refuser son renouvellement de détachement par ses supérieurs, mais affirme avoir « garder la tête haute et continuer ». Son expérience dans ce secteur lui a permis de découvrir certains dysfonctionnements. Elle raconte : « par exemple, les détenus ne mangeaient que poyos et morue tous les jours, sans couverts, pour éviter la dangerosité la direction expliquait. En fait, c’était une véritable déshumanisation de ces personnes. Des détenus étaient même utilisés pour nettoyer les jardins personnels d’un directeur ».

Son travail l’a conduit ensuite à travailler à la Protection Judiciaire de la Jeunesse, tout d’abord en Guadeloupe puis en Martinique. Dans une dynamique d’évolution, Mme HOUBLON a passé les concours de Conseiller Technique en  Service Social au ministère de la justice et de Directeur de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ). Reçue aux deux concours, elle a  donc  choisi de prendre le poste de Directeur de la Protection Judiciaire de la Jeunesse avec la promesse d’obtenir un poste à Basse-Terre. Lors de la formation d’adaptation à la fonction, elle avoue avoir là aussi subi de la discrimination. On lui aurait reproché de « ne pas être assez assimilée pour le poste de directeur » (elle portait des tresses). Suite à ce contre temps, elle assure avoir préféré travailler en tant que Conseillère Technique au ministère de la justice, notamment afin de ne pas repartir en France métropolitaine.

« Beaucoup pensent qu’il n’y a pas de compétences en Guadeloupe, mais le problème n’est pas làNombre de Guadeloupéens n’ont pas envie de repartir en France, et donc ne passent pas de concours  pour éviter cela. Or ils ont des compétences et se retrouvent à travailler sous l’autorité de personnes qui ont moins de compétences qu’eux », insiste-t-elle. Se retrouvant dans cette situation  elle a passé le concours de Directeur de l’Administration Pénitentiaire. La promesse d’un poste à Baie-Mahault ne s’étant pas là non plus concrétisée, elle est  partie exercer en France et jusqu’à ce jour, où Christine HOUBLON termine sa carrière en tant que Directrice Pénitentiaire d’Insertion et de Probation à la Direction Régionale des Services Pénitentiaires de Paris.

L’analyse de Christine HOUBLON sur le Travail Social en Guadeloupe : « il faut apprendre à défendre la profession. Nous devons maîtriser les techniques professionnelles propres à notre métier  et être toujours à jour des textes et des lois. Je me rends compte que le terme de travailleur social est trop vaste, il faut désigner la personne par son métier, pour qu’il n’y ait pas amalgame. Il faut arrêter de parler de vocation car c’est un métier ». Elle poursuit : « Il est nécessaire de se respecter entre collègues, quelle que soit l’institution. On est dans un réseau chacun a besoin de l’autre, la complémentarité est essentielle.  Il faut travailler de façon horizontale et non de façon verticale. S’il fallait faire remonter des suggestions, elles concerneraient dans un premier temps la création d’un organe au niveau départemental ou l’ensemble des Assistants de Service Social se retrouveraient pour échanger sur les pratiques et les méthodes. Ce serait surtout l’occasion de repérer l’ensemble des Assistants de Service Social, afin de créer un véritable répertoire puis de clarifier  les missions de chacun ».

Mme HOUBLON défend : « l’indépendance de l’Assistant de Service Social doit être respectée. Même s’il a une hiérarchie, il doit garder une autonomie professionnelle. Il n’est pas un électron libre et a un chef, mais ce dernier ne doit pas dire ce qu’il doit faire dans son travail. La hiérarchie a du mal à vivre que certaines informations ne peuvent leur être données. Pourtant cela permet de préserver le Travail Social qui constitue avant tout une relation de confiance avec l’usager ». Christine HOUBLON a eu un parcours riche et varié, avec toujours le même objectif : l’intérêt de l’usager. Elle conclut en ces termes : « il faut savoir ce qu’on met en avant : la défense de la profession ou notre intérêt particulier ».

Christine HOUBLON, Assistante Sociale de formation, Directrice Pénitentiaire d’Insertion et de Probation à la Direction Régionale des Services Pénitentiaires de Paris 

Koezyon-glob.fr

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  1. Bel exemple de réussite pour une assistante sociale de formation…à croire que ce métier n’est pas une fin en soi…

  2. je suis depuis peu de temps travailleur social et je me rends compte que certains points évoqués par MMe HOUBLON doivent être entendus . Par exemple, nous devons nous respecter entre collègues, surtout dans le cadre d’un travail en partenariat pour une plus grande efficacité et qualité de travail.

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