Le fasadé du vendredi 11 avril 2014 organisé par FORCES : « …l’attitude des enfants est sans aucun doute l’empreinte de l’éducation qu’ils ont reçu…» ; «…les Parents d’aujourd’hui ont l’instruction mais une déficience de l’Intelligence sociale… »

Le fasadé du vendredi 11 avril 2014 organisé par FORCES : « …l’attitude des enfants est sans aucun doute l’empreinte de l’éducation qu’ils ont reçu…» ; «…les Parents d’aujourd’hui ont l’instruction mais une déficience de l’Intelligence sociale… »
Pour ce troisième fasadé, le lieu de rencontre pour ces discussions enrichissantes était Baie-Mahault sous le thème de « La plas ». Comme pour les deux précédentes éditions, les orateurs, M. GARAIN Franck, historien et M. OTTO Raymond, anthropologue étaient chargés d’animer les débats, avec bien entendu, une participation des personnes présentes.

Un constat s’est imposé ce vendredi : le public augmente et se diversifie, les hommes sont plus présents et les femmes d’âges divers sont présentes. Cela ne peut qu’enrichir les débats, car les expériences, la vision des relations hommes/femmes ne sont pas les mêmes.

Ces constats étant posés, il a fallu faire un bref résumé des deux premières éditions. La 1ère sous le thème du « Ti cochon », faisait apparaître la relation difficile entre homme et femme aux Antilles. Pourquoi ? Celle-ci s’est construite dans la violence, car chacun des antagonistes avait un reproche à faire à l’autre. Alors que l’homme reprochait à la femme de s’être laissé abuser par le maître, celle-ci rétorquait à l’homme son inaction, son absence de courage pour n’avoir pas empêché un tel acte.

Aussi difficile que cela puisse être, l’homme et la femme sont parvenus à construire  une organisation de la famille où chacun respectait son rôle : la femme assurait le fonctionnement du foyer, l’homme faisait l’apport financier et les enfants obéissaient et partageaient les tâches. Toute cette organisation avait en vue de réussir le projet familial basé sur la réussite des enfants : la relation était basée sur un contrat, thème du 2ème façader, le fameux projet familial évoqué plus haut.

Le débat de ce vendredi a débuté sur un constat : les années  1980 marquent un changement, une ligne de facture. La donne change  au niveau du couple, au niveau des enfants, dans les rapports que les enfants ont à la société, à leur famille. Ainsi, le couple réfléchit de façon pragmatique  à la taille de la famille, car l’éventualité d’une séparation est présente ; d’ou l’augmentation des séparations et des divorces. On veut négocier l’après… M. GARAIN  note trois phases importantes :

–        avant 1848 avec une société à plusieurs étages, ou la notion de couple, quant elle existe,  est plaquée sur le modèle du maître

–        à partir de  1848, sous la pression et la nécessité de chercher de la main d’œuvre, il y a une incitation de l’autorité publique à former une famille, le couple est un  modèle de famille élargie avec une forte présence des femmes ; un homme pour une femme car on reconnaît ce dernier comme celui « qui donne à boire et à manger » à la famille.

–        fin des années 1970, on constate une évacuation de l’homme dans le rôle qu’il assumait auparavant, celui de pourvoyeur et d’investisseur et à sa place «  l’Etat providence ».

Une question demeure : parler de la place du couple dans la société d’aujourd’hui est-ce pour l’équilibre de l’homme et de la femme, ou pour l’équilibre de l’enfant ou pour l’équilibre de la société ?

Il est apparu important de préciser qu’il y a eu une évolution. Comme l’a souligné M. GARAIN «  n’oublions pas notre histoire de transbordés, sortis de l’Afrique et venus aux Antilles, particulière, une histoire  centrée autour de la canne et qui a généré une société avec une certaine mentalité. Cette société doit s’adapter à une modernité que nous n’avons pas créée. Comment donc nous adapter, être nous-mêmes (ce qui nous structure, ce qui fait sens pour nous et répondre aussi aux exigences d’une société moderne ? »

Ce qui importe aujourd’hui c’est de nous projeter dans cette société de demain, la place du couple dans la société moderne, mais chacun le fera en fonction de son intelligence, de son histoire, de sa culture qui doit chercher à mettre en avant l’intérêt de la société dans laquelle nous sommes.

façader13La présidente Mme GASPARD a souligné l’intérêt d’une réflexion constructive pour trouver notre place et pouvoir la transmettre à nos enfants.

Dans son intervention,  M. OTTO a commencé en parlant du fait que la femme a eu une place de réceptacle de transmission de notre histoire, une place importante. L’histoire du maître a renforcé la position de cette femme et a évincé davantage l’homme, sans que la femme ait eu ce désir car elle adhérait au contrat alimentaire et sécuritaire qui la liait à son compagnon.

Pour le confirmer, l’exemple de la femme qui lave les pieds de son homme après une journée aux champs était une manière de le remercier pour sa journée de travail pour assumer ses responsabilités, mais aussi de prendre soin de lui pour que demain il retourne aux champs. Le jeu du rôle social de l’époque s’est modifié avec l’apport de la modernité.

Quel est actuellement le positionnement des femmes « modernes » en termes d’engagement aux côtés des hommes de notre territoire ?

A travers certains commentaires, le manque de reconnaissance pour le travail accompli est remonté, car les femmes ont toujours travaillé aux côtés des hommes. M. OTTO pose la question : est-ce qu’on ne peut pas être femme sans ce besoin de reconnaissance, être femme tout simplement ? Selon lui, cela peut aussi être la cause de la guerre qui se joue entre homme et femme et qui cause la mort de l’homme. Il faut valoriser tant la femme que l’homme tous deux victimes. Or notre société s’attache surtout depuis 30 ans a minimisé le rôle de l’homme dans notre société.

La femme a-t-il rappelé, a un rôle important de transmission. Se sent-elle plus femme ou moins que les femmes d’antan ? Cela est important pour savoir quelle perception elle a de sa « plas ». M.GARAIN  revenant sur l’exemple de la femme qui lave les pieds, montre que c’était une façon pour ces femmes de reconnaître en ces hommes sa « plas », celui qui pérennisait une société. La femme de l’époque se réalisait à travers l’éducation donnée à ses enfants et petits enfants, image certes d’un moment, une recherche d’équilibre pour le bien-être de tous. Maintenant, avec la nouvelle donne, la femme travaille, il faut adapter le contrat. Le couple doit être dans  une recherche permanente de l’équilibre pour éviter la rupture, en tenant compte du contexte.

Un autre questionnement a fait l’objet de l’attention de tous : beaucoup de mères présentes s’interrogent justement sur l’éducation, quand des enseignants par exemple ont à déplorer une attitude irrespectueuse des enfants et ce, à un âge de plus en plus tôt. Il apparaît également que les enfants ont une attitude plus libre à l’égard du sexe.

Est-ce que le projet familial existe toujours ? Quelle est la place de chacun, parents et enfants, dans la famille, la société ?

M. GARAIN n’a pas manqué de rappeler que l’attitude des enfants est sans aucun doute, l’empreinte de l’éducation qu’ils ont reçu. Avant le projet était tourné vers la réussite des enfants, réussite scolaire pour améliorer le statut social. Beaucoup ont du se battre pour trouver leur place, ne serait-ce que celui qui venait de Marie-Galante, pour faire sa place en ville. Donc ce désir de se faire une place, de réussir était présent en tout, cette éducation soudait la famille. Chacun avait sa place : la mère achète les livres, le père paie la pension ou habite l’enfant. Mais la société moderne introduit d’autres valeurs de réussite : grosse télé, grosse voiture, donner les marques mais non plus la réussite et l’Etat-Providence ne valorise pas forcément les diplômés. On gratte, on devient millionnaire, par la chance, réussir à l’école n’est pas forcément réussir dans la vie : l’éducation n’est plus facteur de réussite même pour les enfants.

M. OTTO, concernant la question de la vision des enfants sur la sexualité, évoque des pistes qui peuvent expliquer la difficulté des parents face à cette question. Dans un premier temps, le rapport au corps qui est toujours ambiguë  pour les parents et pose donc un problème de transmission. Ensuite, maintenant parents et enfants connaissent en même temps les mutations par le biais des nouvelles technologies notamment, donc le parent n’a pas suffisamment de recul pour servir de barrière à l’enfant. Or, par ce biais, sont diffusées de nombreuses informations sur la sexualité, informations discutables. Les parents doivent réagir au plus vite. « Beaucoup de parents s’interdisent de poser des règles strictes et mettent en danger leur enfant, alors qu’il est nécessaire de le faire. Ils doivent aussi accepter de recevoir les conseils des autres, et  accepter leur place de parents. Les Parents d’aujourd’hui ont l’instruction mais une déficience de l’Intelligence sociale. Ils ne peuvent faire l’impasse de poser des priorités entre le  projet de vie et le projet professionnel. Même si les deux sont nécessaires, créer l’équilibre est indispensable : l’argent est nécessaire mais prendre aussi le temps d’écouter l’enfant car c’est  un investissement pour l’avenir. Valorisons nos ascendants. Nos enfants retiennent toujours ce qu’on leur dit, il faut leur parler. Mettons  en place les interdits. Quelle place donnons-nous à notre compagnon pour qu’ils s’investissent. Assumons nos choix ». Un plaidoyer sortant du cœur pour nous inciter à ne pas être passif face à ce qui se joue dans l’éducation des enfants.

En guise de conclusion, nous retiendrons que nous allons nous donner la place que nous voulons, malgré les pressions que peut exercer cette société en pleine mutation.

Fasadé du 11 avril 2004 à Baie-Mahault, organisé par l’association FORCES.

Koezyon-glob.fr

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5 Commentaires to “Le fasadé du vendredi 11 avril 2014 organisé par FORCES : « …l’attitude des enfants est sans aucun doute l’empreinte de l’éducation qu’ils ont reçu…» ; «…les Parents d’aujourd’hui ont l’instruction mais une déficience de l’Intelligence sociale… »”

  1. Le relation hommes/femmes est un sujet passionnant. Le sujet sur la place de chacun est d’actualité car avec les évolutions des modes de vie, la place change. Les femmes ont maintenant un pouvoir économique, elles n’ont plus besoin d’un homme pourvoyeur d’argent. L’homme doit donc redéfinir sa place, et ça ce h’est pas gagné

  2. J’ai lu avec un grand intérêt vos articles, notamment sur les façader. Quand y abordera-t-on la violence entre hommes et femmes. On évoque beaucoup la violence physique, mais celle qui est verbale est tout aussi dramatique,les mots laissent des traces indélébiles qui vous laissent tellement honteuse d’avoir accepté une telle situation. Ce serait bien que ce sujet soit évoqué….

  3. J’ai assisté au façader. tres belle initiative effectivement. Pour ma part je pense que les rapports hommes/femmes évoluent dans le bons sens, c’est-à-dire que chacun arrive à trouver sa place, avec une mise en valeur de la femme Cependant, cela semble perçu négativement en Guadeloupe parce qu’on a du mal peut-être à faire face aux changements.

  4. Il ne faut surtout pas que l’homme et la femme rentrent au sein d’un rapport de force, l’un contre l’autre, c’est justement cette situation de tension qu’il faut éviter, et qui a amené toutes ces dérives actuelles, entre l’évolution de la société et la carence éducative face au nouveau contexte. Pas bête ce type d’échanges…à méditer je pense!!!

  5. stone ex nihilo // avril 17, 2014 á 1:44 // Répondre

    L’initiative de Forces est positive. Cela tend à développer une réflexion autour des relations entre hommes et femmes, mais aussi dans leur responsabilité éducative à l’égard de leurs enfants. Un point positif en tout cas pour Mme GASPARD.

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