Le fasadé homme/femme de l’association FORCES, du vendredi 7 février 2014, sous le thème « le contrat et patiti et patata »

Le fasadé homme/femme de l’association FORCES, du vendredi 7 février 2014, sous le thème « le contrat et patiti et patata »
C’est dans un cadre en plein air magnifique, le parc de Sergent au Moule, appelé de très belle façon le « théâtre de la verdure », que l’association FORCES (avec en chef d’orchestre Mme Christiane GASPARD-MERIDE) a reçu un public qui s’est étoffé tout au long de la soirée.

Deux hommes éminents ont animé un échange qui a été des plus enrichissants et a quelquefois touché des sujets tabous.

La rencontre a débuté avec M. Franck GARAIN, historien qui a tenu à faire une synthèse du précédent fasadé qui a eu lieu sous le thème du « Ti cochon ».

C’est avec un certain humour, qu’il nous a retracé la vision que la femme antillaise a de l’homme : « poison, sauvage, inmé ronm ». Certaines avouant « préférant sortir avec un européen ou un antillais ayant vécu à l’étranger, plutôt qu’avec un d’ici ».

Avec cela, le ton était donné sur l’orientation du fasadé précédent, où ressortait une difficile relation homme/femme aux Antilles.

façaderL’approche de l’historien a permis à tous de comprendre que la relation homme/femme s’est construite dans la violence.

 Pourquoi une telle affirmation?

 Et monsieur GARAIN, de parler du viol fondateur, c’est-à-dire, la relation sexuelle qui a été à l’origine de la naissance du premier mulâtre.

 Cette relation forcée, non consentie fera l’objet de reproches tant au niveau de l’homme que de la femme. En restant dans la symbolique, la femme reprochera à « l’homme de ne l’avoir pas défendu contre le maître, l’homme lui reprochera de s’être laissé touchée ».

 Et de nous expliquer à partir de cet état de fait, que l’homme ne se reconnaît pas en tant qu’homme, puisque sa « femme » est celle  du maître. Ses enfants, selon le code noir qui régissait les esclaves, suivait la condition de leur mère et non la sienne. Finalement l’homme a le sentiment qu’il n’existe pas et il ne possède rien, sinon son corps.

Partant de là, il s’investit dans une relation charnelle et non amoureuse.  

A travers le temps, malgré ce manque de relation pacifiée, il s’est construit une organisation de la famille où chacun respectait son rôle : la femme assurait le fonctionnement du foyer, l’homme faisait l’apport financier et les enfants obéissaient et partageaient les tâches. Toute cette organisation avait en vue réussir le projet familial basé sur la réussite des enfants.

Après cette synthèse, M. OTTO est revenu sur l’image qu’ont nos femmes de leurs hommes : « nom pa bon ; comme si tous les hommes mauvais sont en Guadeloupe ».

Il a aussi évoqué ce qui à son sens, est récurrent, le manque de confiance dans l’homme, dans ses capacités à être père : la maternité est naturelle et la  paternité est à construire.

L’échange s’est poursuivi sur un sujet délicat, celui du « ti chobèt » (relations sexuelles) qui a provoqué des remous dans l’assistance.

Ainsi, il a remarqué l’évolution de la relation du couple, en fonction des évènements : mariage, naissance des enfants. La femme se montre moins aventureuse et moins fantaisiste dans les pratiques amoureuses, et l’homme lui-même veut pratiquement l’enfermer, de peur qu’elle attise d’autres convoitises masculines.

Le silence qui a suivi a prouvé s’il en était besoin que certaines dans l’assistance ont connu cette époque.

Pour M.OTTO, « ce n’est plus le même référentiel ». Autrefois la relation était basée sur un contrat, le fameux projet familial évoqué plus haut. De nos jours, tout part de la relation amoureuse, qui pourtant est éphémère « l’amour c’est comme un sandwich, il y a un début et une fin ». Nous laissons M. OTTO libre de sa comparaison qui a eu tout de même le mérite d’être bien compris.  

A la question d’une spectatrice qui se questionnait sur l’augmentation des divorces, ou le manque de permanence des relations, M.OTTO affirme que cela a toujours existé. Et de nous dire qu’en Guadeloupe, il y a et il y a toujours eu trois types de femmes:

            – la femme en couple

            – la femme qui ne compose pas du tout avec les hommes

            – la femme résignée qui accepte ce que lui propose la vie

façader1 Toutes ces femmes évoluent actuellement dans un contexte qui a changé : la structure familiale était proche géographiquement, la religion structuraient les couples. Maintenant on est passé à la notion de jouissance : on a accès aux biens, on ne se refuse rien. Même dans la relation de couple, il y a marchandisation, « si l’homme ne correspond pas à nos critères, on change, on s’offre un autre ».

 A cette affirmation, la question du « ti chobèt » est revenu dans le débat.

 « Si nous ne voulons plus de l’homme, c’est qu’il ne nous satisfait pas….avec un vers de terre en panne » déclare avec beaucoup verve   une dame de l’assistance.

 La panne sexuelle, la femme insatisfaite ne sont jamais évoquées. Pourtant cela soulève une question importante selon M. OTTO : «  Est-ce que la relation entre un homme et une femme se résume à sa capacité d’érection ? »

C’est sur cette question que nous sommes arrivés à la conclusion de la soirée, non sans montrer l’importance du travail éducatif à mener.

Il doit être fait en tenant compte des nouvelles donnes : les familles sont éclatées, l’enfant n’est plus sous le contrôle du quartier.

La solidarité doit donc être assurée par les mouvements associatifs entre autres, qui doivent intégrer des valeurs sportives mais aussi des valeurs civiques et sociales. L’exemple de la « journée du respect » (en fin d’année), où l’on se doit de dire bonjour à tous, est représentative des actions éducatives à développer.

Cela a été une magnifique soirée. Le cadre de la rencontre, dans un parc, n’a rien enlevé à la richesse des échanges et au bon esprit qui y ont régnés.

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7 Commentaires to “Le fasadé homme/femme de l’association FORCES, du vendredi 7 février 2014, sous le thème « le contrat et patiti et patata »”

  1. Lors de nos entretiens professionnels, ces problemes relationnels hommes/femmes sont à l’origine de bien des discordes avec les enfants au milieu. Une « pacification » de ces relations est nécessaire. Or on a l’impression que les positions se radicalisent.

  2. Une question, quand les hommes vont-ils guérir des séquelles de l’esclavage? Parce que pendant ce temps les femmes avancent.

  3. En tant qu’homme, je voulais dire que les relations homme/femme n’ont jamais été faciles. J’avoue que maintenant je suis un peu décontenancé par nos nouvelles femmes, elles sont plus libres, s’affirment, nous responsabilisent.
    C’est une bonne chose, et de toute façon on ne peut revenir en arrière.
    C’est ma mère que ça gêne, pas moi

  4. Je réagis à votre article sur le façader à titre personnel et professionnel.
    Si les divorces ont augmenté, c’est parce que les femmes ne veulent plus se sacrifier et vivre une vie qui n’est pas éternelle.
    Beaucoup de femmes d’autrefois sont restés avec des hommes qui les humiliait quotidiennement en s’affichant avec leurs nombreuses maitresses.
    Notre génération a suffisamment d’estime de soi pour réclamer le respect et à défaut, se séparer.
    heureusement que nos valeurs ont changé. on est moins hypocrite, on ne fait pas semblant par peur du qu’en dira-t-on;
    C’est peut être pas un choix facile, mais on l’assume

  5. je suis ravie de savoir que ce genre de rencontres a lieu, faites-en une plus grande publicité pour que nous puissions y assister. De plus la relation homme/femme est LE SUJET de notre société guadeloupéenne.

  6. ‘ai assisté au façader vendredi soir, une soirée riche en témoignages de nos ainées présentes.
    Il serait intéressant je pense que le public soit plus varié pour entendre aussi le vécu de la nouvelle génération.

  7. bonne initiative de FORCES…il faut en parler…il faut aussi inviter plus de jeunes à ces rencontres car ils sont d’autant plus concernés…foss

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