L’association CASA Gwadloup’ à Grand-Baie : un dispositif d’accueil, d’information et de prévention sur les maladies liées au métier du sexe : « …s’il y avait des maisons closes, la situation serait plus facile au niveau de l’hygiène… »

L’association CASA Gwadloup’ à Grand-Baie : un dispositif d’accueil, d’information et de prévention sur les maladies liées au métier du sexe : « …s’il y avait des maisons closes, la situation serait plus facile au niveau de l’hygiène… »
Le Centre Associatif de Santé et d’Accompagnement sur les risques sexuels (CASA) se trouve au cœur d’un secteur du Gosier qui à l’évocation de son nom « Grand-Baie » connu pour un commerce particulier, est associé naturellement à l’exercice  de la prostitution dans notre département. Pourtant, à première vue, le quartier de Grand-Baie, situé en bord de mer est paisible, avec une baie magnifique. Il est néanmoins classé insalubre et fait partie des priorités pour l’opération de Résorption de l’Habitat Insalubre (RHI).

Parallèlement, la prostitution en Guadeloupe a ses quartiers réputés, dont bien sûr Grand Baie à l’entrée du Gosier, mais également le Carénage à Pointe à Pitre (le premier site de la prostitution en Guadeloupe) et sans oublier la ceinture du bourg de la commune de Saint-François qui compte un nombre très important de prostituées.

Grand-Baie n’a pas à envier les autres, il est à lui seul, en Guadeloupe, un haut lieu du sexe où nombre de filles originaires de Saint-Domingue, de la République Dominicaine, appelés vulgairement les « espagnols » ou « pangnols », font commerce de leur sexe.

La rencontre avec l’association CASA, qui œuvre dans le domaine de la santé vers des femmes prostituées issues de l’immigration, s’est effectuée sous l’égide de Mme Joane BALTIMORE, animatrice sociale de l’association, qui a bien voulu expliquer les missions de la structure et  son rôle auprès des prostituées.casa 971 offi

K-G : Joane, pourrais-tu te présenter?

JB : Je suis née en Guadeloupe, et je suis repartie vivre à Saint-Domingue.  Je suis retournée  en Guadeloupe depuis 4 ans, où je suis installée avec ma famille.

K-G : Pourquoi avoir choisi de travailler sur le VIH?

JB : Lorsque je vivais à Saint-Domingue, je connaissais des personnes contaminées par le virus, et donc je me suis formée pour pouvoir les aider.

En Guadeloupe, j’ai participé à l’enquête précédent l’ouverture de ce centre et voir les besoins des femmes travaillant dans le domaine du sexe. Il en est ressorti, la nécessité d’un centre d’informations et de soins pour les risques sexuels.

Joane précise que des centres de ce genre existent dans d’autres pays, pour prévenir l’infection au VIH, par ce public à risques.

K G : Parle-nous justement de ce centre : le CASA Gwadloup’.

JB : C ‘est un projet en partenariat avec Interreg Caraîbes (programme européen au bénéfice des régions pour contribuer au développement de l’espace Caribéen). Le centre est aussi financé par le CHU de Pointe-à-Pitre.  Le CASA existe depuis avril 2013. Comme tu le vois il est situé dans le quartier de Grand-baie à Gosier. Le personnel est bénévole, à part l’animatrice sociale, c’est-à-dire moi. L’équipe se compose aussi d’un médecin qui intervient un mercredi sur deux. Il donne des informations  et consulte également celles qui le souhaitent. Un autre bénévole intervient pour des cours de français. L’association « La puce à l’oreille » apporte son aide avec une animatrice culturelle, pour comprendre la culture guadeloupéenne. Enfin, l’association « Entraide Gwadloup’ » travaille avec nous pour le dépistage du VIH.

CASA Gwadloup’ propose aussi des services tels que l’accès à Internet, les photocopies et un accompagnement pour les démarches administratives.

K-G : Comment se fait le travail de prévention avec votre public?

JB : Nous faisons de l’information, on passe des films sur le VIH et d’autres maladies sexuelles, on distribue des préservatifs. Si le préservatif se déchire il y a une prise en charge immédiate .On fait également du dépistage avec une infirmière.

K-G : Vous pensez que l’information passe ?

JB : Les femmes qui se prostituent se protègent mieux que celles qui sont chez elles. Beaucoup d’entre elles ont un compagnon et des enfants, des horaires de travail de jour.  A Saint Domingue on parle beaucoup des maladies liées au sexe, le VIH particulièrement, dans les écoles, à la télé. Elles sont informées qu’elles doivent faire attention dans leur travail.

Certaines des prostituées viennent de pays comme l’Argentine, où le travail du sexe est bien encadré, donc sont averties aussi sur les risques lies à leur travail.

K-G : Qui fréquente votre centre ?

JB : Nous sommes ouverts à tous les publics. Des femmes viennent de Pointe-à-Pitre, Sainte-Anne, pas seulement de Grand-baie.

K-G : Vous recevez un public particulier, comment est perçue votre présence dans le quartier ?

JB : Avec les prostituées cela se passe bien, puisque je suis originaire du même pays qu’elles, et elles ont bien compris mon rôle. Par contre, il y a de l’agressivité de la part de certaines personnes du quartier qui me reprochent d’inciter les femmes à se prostituer parce qu’on leur donne des préservatifs et qu’on les informe. Je me fais insulter quelquefois. Mais mon travail est d’aider ces femmes qui subissent de la violence de leurs mecs, de leurs clients et du voisinage. C’est un métier très dur.

K-G : Est-ce que certaines veulent laisser ce milieu et s’insérer professionnellement?

JB : Ces femmes arrivent illégalement et n’ont pas de papiers. Pour venir, elles ont dû empruntées une somme importante, environ 4000 € qu’il leur faut rembourser. L’argent qu’elles gagnent sert à rembourser la dette. Quand c’est fait, elles  continuent car l’argent leur sert à construire une maison dans leur pays, à faire vivre la famille qui est restée là-bas. Elles ne disent pas à la famille ce qu’elles font comme travail. En plus, c’est difficile de travailler pour peu d’argent alors qu’elles ont l’habitude de toucher parfois 1000€ par semaine. Cela devient de l’argent facile, et elles choisissent de continuer pour réaliser un projet : restaurant, salon de coiffure, magasin. Celles qui ne savent rien faire d’autres continueront toute leur vie.

K-G : Finalement le centre n’arrive pas à les faire quitter la prostitution ?

casa 971 1 offiJB : Ce n’est pas notre mission. Cependant, tout ce qu’on me en place, apprentissage du français, de la culture c’est pour les aider déjà à légaliser leur situation administrative et ensuite pouvoir faire un autre métier pour celles qui le souhaitent. Mais ce n’est pas évident

K-G : En conclusion, qu’aimerais-tu nous dire ?

JB : C’est un travail difficile que  font ces femmes. S’il y avait des maisons closes la situation serait plus facile au niveau de l’hygiène. Souvent elles n’ont pas d’eau ou d’électricité là ou elles travaillent. En plus, elles ont peur d’aller à l’hôpital se faire soigner et font n’importe quoi s’il y a un risque de contamination (comme se laver les parties génitales avec de l’eau de javel par exemple). Le CASA leur permet donc de pouvoir s’informer, voir un médecin quand il  y a un problème et d’être écouté.

L’intérêt de ce centre d’accueil pour les femmes exerçant la prostitution n’est pas discutable. Les bénévoles travaillent sans discrimination et sans préjugés en direction d’un public souvent coupé du circuit médical. Les prostituées, bien que conscientes de l’intérêt de se protéger, n’ont pas toujours accès aux soins faute de couverture sociale ou par peur d’être expulsées. Prévenir donc les risques de santé pour ces femmes est aussi de travailler à la promotion de la santé publique. C’est ce que s’emploie à faire le CASA, notamment à travers des groupes de paroles et de soutien ou d’entraide mutuelle.

Il fut un temps question d’un projet d’envergure concernant ce site, avec un complexe touristique, qui, s’il se réalisait, poserait sans aucun doute la question du changement de lieu d’activité pour ces femmes et par conséquent de leur accompagnement par l’association.

De toute évidence, cette question de la prostitution semble être taboue et écartée des thématiques des politiques publiques locales, mais toutefois, en réalité la prostitution s’avère d’utilité apparemment. Ce qui est certain, c’est que la présence de ces femmes dites « pangnols » s’est imposée dans notre quotidien et semble être entrée dans les consciences collectives de notre département.

CASA Gwadloup’ : elcaogb@gmail.com 0590.55.59.62 / 0690.14.29.23

Koezyon-glob.fr




4 Commentaires to “L’association CASA Gwadloup’ à Grand-Baie : un dispositif d’accueil, d’information et de prévention sur les maladies liées au métier du sexe : « …s’il y avait des maisons closes, la situation serait plus facile au niveau de l’hygiène… »”

  1. Maxime magalie // juillet 3, 2017 á 11:28 // Répondre

    Merci pour ce résumé de qualité des 3ème assises du social.

  2. DESVARIEUX Maurice // mai 1, 2017 á 12:12 // Répondre

    Il faut rouvrir les maisons clause avec toutes les normes d’hygiène et sécurité.
    Mme Claude

  3. J’imagine que cela ne doit pas être facile de travailler avec ce public, car il y a beaucoup de préjugés. Continuez, parce que la prostitution est une réalité, il faut faire en sorte que cela se passe le mieux que possible, en accompagnant ces femmes.

  4. Tout le monde a droit à l’information et aux soins, quels que soient son métier, ses origines ou autres. De telles associations travaillent à réduire ce fléau qu’est le VIH, elles devraient de ce fait être implantées sur l’ensemble des zones concernées.

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