La COREVIH-INTERREG, une plate-forme partenariale dans la lutte contre le VIH-IST : « Les jeunes de moins de 30 ans sont les plus concernés par le multi partenariat. Malheureusement, ces derniers sont les moins dépistés. On voit beaucoup d’IST chez les moins de 30 ans, notamment les chlamydies ».

La COREVIH-INTERREG, une plate-forme partenariale dans la lutte contre le VIH-IST : « Les jeunes de moins de 30 ans sont les plus concernés par le multi partenariat. Malheureusement, ces derniers sont les moins dépistés. On voit beaucoup d’IST chez les moins de 30 ans, notamment les chlamydies ».
« Les Départements Français d’Amérique (DFA) ont des caractéristiques communes à celles d’un grand nombre de pays de la région Caraïbe : migration importante, forte proportion de femmes parmi les personnes vivants avec le VIH (PVVIH), homophobie, stigmatisation et discrimination envers les PVVIH. Les DFA possèdent des moyens diagnostiques et thérapeutiques identiques à ceux de la France (hexagonale). Par contre, des études réalisées en amont du projet INTERREG IV-VIH sur les conditions de vie des PVVIH ont montré l’existence de facteurs plus défavorables dans nos régions qu’en France métropolitaine avec une grande interregprécarité notamment pour les migrants ». Telle est l’analyse du Dr Marie-Thérèse GOERGER-SOW, chef de projet INTERREG IV-VIH, issue de l’édito de la revue de L’INTERREG-VIH en 2014.

La Coordination Régionale de lutte contre le VIH (COREVIH) existe sur notre département depuis 2008. L’équipe Koezyon-Glob a rencontré le Dr GOERGER-SOW, présidente de la structure, qui, à travers un échange fort animé, a présenté une structure où foisonnent des actions et des projets à venir.

Au niveau de son organisation, la COREVIH est composée de 30 membres nommés pour 4 ans par arrêté préfectoral. Le Bureau dirigeant est composée de 9 personnes, des représentants administratifs, médicaux, médico-sociaux et associatifs. Ainsi dans ce bureau, on retrouve un psychologue, un assistant de service social, un médecin, une infirmière, et notamment l’association Entraide Gwadloup’ et Gwada Uni-vers.

Koezyon-Glob : Le projet INTERREG, que représente t-il exactement ?

Dr GOERGER-SOW : « C’est un projet de coopération régionale, financé par la Région, qui permet d’intégrer toute la coordination de la lutte contre le VIH, et particulièrement de la coordination dans la Caraïbe, à travers le PANCAP (PAN Caribbean Partnership against HIV & AIDS), une association PAN caribéenne de lutte contre le VIH-sida, établie en février 2001 par l’Union Européenne. Tous les pays membres du CARICOM sont associés. Depuis 2009, la Guadeloupe était le seul DFA membre ».

K-G : Comment s’opèrent les relations entre ces pays ?

Dr G-S : « Au niveau du PANCAP, il y a l’unité de coordination qui dépend du CARICOM, le PUC (l’unité de coordination du PANCAP – située à Georgetown à Guyana), le Régional Communication Mechanism (RCM) qui représente l’instance technique des différentes activités. Pour ce qui concerne le PANCAP, plusieurs pays sont dans l’unité de coordination internationale, et la Guadeloupe va faire partie aussi. Au niveau du PANCAP, il y a beaucoup de représentants de ministères, il y a des représentants d’associations de patients, et d’autres organismes internationales qui peuvent y participer ». Leurs actions communes visent à développer l’information et à revoir les politiques nationales et les droits des humains, en y associant des principes de non-discrimination envers les personnes infectées par le virus du sida.

 K-G : Au niveau maintenant de la COREVIH, quel est son rôle, quelles sont aussi ses missions?

Dr G-S : La coordination régionale de lutte contre le VIH a trois missions essentielles : la première es,t améliorer la qualité de la prise en charge des personnes qui vivent avec le VIH. La deuxième, coordonner l’ensemble des acteurs intervenant dans les soins, la prévention, la recherche et la coopération, pour toute personne impliquée de près ou de loin. Et la troisième mission tend à améliorer l’épidémiologie. La Présidente rajoute que la réalisation de ces missions a nécessité la mise en place de commissions suivantes : prévention (dont Max MELIN était responsable), amélioration de la qualité de la prise en charge, épidémiologie – recherche et dépistage, communication, coopération et une commission budget.

K-G : Quels sont vos moyens de financement ?

Dr G-S : « Nous sommes financés sur les fonds du FIR (fond d’intervention régionale) sous la direction de l’ARS (Agence régionale de santé). Bien entendu, le financement varie et cela en tenant compte du nombre de malades, de la largeur du département, des difficultés éventuelles rencontrées ».

 K-G : Quand vous parlez de coordination, vous entendez le partenariat, des actions de prévention ?

Dr G-S : Nous faisons beaucoup de choses, pour l’amélioration de la qualité de la prise en charge du VIH-IST, on soutient tous les projets d’éducation thérapeutique. On essaye de définir l’image des personnes « perdues de vue » (ceux qui n’ont pas leur suivi normal), comment on pourrait les récupérer. Dans le cadre de la prévention du VIH-IST, on va mettre en place le parcours de soin afin de voir à chaque étape ce qu’il 2faut améliorer. La COREVIH tend à élargir le champ de la prévention du VIH-IST à la santé sexuelle. Nous sommes en train d’améliorer le dépistage, à cheval sur la prévention, la coordination, mettre en place différentes actions de dépistage, notamment par le test rapide d’orientation diagnostic (TROD). Nous travaillons autour d’actions de coordination de prévention des manifestations du 1er décembre, la semaine du dépistage, lors du carnaval, etc.  »…

… « Dans la commission épidémiologie-recherche-dépistage, on a beaucoup développé les formations auprès de médecins généralistes sur le dépistage et le TROD, et mis en place un accompagnement des pharmaciens à l’auto test. Au niveau de la communication, la commission met en place les grandes campagnes d’information auprès du public, mais elle pourrait davantage gagner en efficacité. La dernière commission coopération, travaille surtout avec INTERREG (programme européen de coopération régionale) et avec les DFA (Départements français d’Amérique). Un projet forum Ado et VIH est en cours où on va rassembler les adolescents qui sont porteurs du VIH et qui ont besoin de discuter entre eux, se connaître, échanger pour améliorer leur façon de voir les choses et en voyant les autres »…

La présidente du COREVIH regrette tout de même que les commissions soient un peu « larges », elle aurait préféré que ces commissions mettent en place des groupes de travail, qu’il y ait deux ou trois personnes qui travaillent sur un thème particulier. Cela serait bien plus productif qu’un ensemble de personnes qui se réunissent, pour discuter, certes dans la bonne humeur, mais moins efficaces qu’un groupe travaillant sur une seule question et qui ensuite ferait un compte rendu à la commission.

Elle continue : « Pour ce qui est des partenaires, nous travaillons avec quelques uns : exemple, CASA Gwad’ qui est un projet pour les prostituées, surtout centré à Grand-Baie, porté par le projet INTERREG et qui tend à être pérennisé (il faut souligner que ce centre au départ était très mal vu par la mairie du Gosier qui ne voulait pas en entendre parler, malgré la présence des prostituées, de l’intérêt de la lutte contre le VIH-IST. En gros, c’est véritablement le côté prise en charge des prostituées qui gênaient beaucoup). Il y a aussi Entraide Gwadloup’ qui a participé au départ a des formations pour les prostituées surtout au niveau de Carénage. Les nombreux projets mis en place sont soutenus, soit par COREVIH soit par INTERREG ».

Prochainement, la Croix-Rouge va porter un projet de halte-répit pour les prostituées, avec le soutien d’INTERREG. Ce sera un lieu pour leur permettre de se reposer, de boire un café, de s’informer, d’aller sur internet, discuter avec un psychologue, voir des assistants sociaux pour améliorer leurs conditions. Certains projets menés au départ pour les prostituées doivent être étendus à un public plus large pour avoir l’adhésion de certaines institutions. Toujours au sujet des projets, la COREVIH est copilote du Réseau santé sexuelle des jeunes, avec L’ARS.  Pour ce dernier projet, le Dr explique qu’ « il y a l’élaboration d’un programme de formation sur la santé sexuelle avec une base d’informations communes qui sera transmise, entre autres, aux professeurs de SVT (sciences de la vie et de la terre) qu’ils utiliseront dans leurs cours sur l’éducation sexuelle. On a mis aussi en place un livret avec des adresses à utiliser et des questions que se posent les jeunes ».

Pour Mme GOERGER, au niveau de l’éducation nationale, auprès des jeunes, il y a de gros soucis. Elle s’est rendu compte que même si il y a beaucoup d’actions, il n’y avait pas de coordination dans les actions, comme celles par exemple sur l’estime de soi qui est réalisée par un trop grand nombre de professionnels.

K-G : Quelle est la situation du VIH, en Guadeloupe, doit-on s’alarmer ?

Dr G-S : « La Guadeloupe avec 0,5 % de prévalence est le 2ème département français le plus touché après la Guyane. Il y a des différences par rapport à l’hexagone, ici il y a davantage de transmission hétérosexuelle. Il existe un multi partenariat plus important au-delà de 50 ans (avec une personne fixe, ce qui donne une fausse sécurité car il est difficile de se protéger avec son partenaire) ».

Le Dr GOERGER-SOW constate que culturellement, dans l’éducation, les hommes ont plus de liberté, de pouvoir que les femmes. Force est de constater que les déterminants sociaux et économiques (exemple le chômage) rendent plus vulnérables et particulièrement dans le domaine de la santé. Or en Guadeloupe, avec le niveau de vie le plus bas de tous les DFA et de la France, une forte migration, une homophobie importante, le département est par conséquent plus exposé au VIH. Elle précise aussi que : « certaines situations sociales fragilisent les personnes et les exposent plus à la maladie : le statut de migrant, être mal payé, l’addiction au crack, l’homosexualité et la prostitution ».

K-G : En Guadeloupe, les personnes ont-elles le réflexe de se faire dépister ?

Dr G-S : « On est le département qui faisons le plus de dépistage. On a booster le dépistage. 20% de personnes ont fait le test de dépistage en 2013. Une progression importante de personnes qui font le test de 1dépistage entre 2004 et 2011, selon les enquêtes à population générale. Il est vrai que l’on devrait arriver à des chiffres plus élevés encore. On a beaucoup de personnes qui sont dépistées tardivement. Dans les enquêtes menées avec INTERREG, pour les hommes qui ont des relations avec des hommes, on est le département où il y a le plus faible taux de dépistage. Or ils sont 20 fois plus à risque que les hommes hétérosexuels d’avoir le VIH ».

K-G : Vous pensez qu’il y a beaucoup d’homosexuels en Guadeloupe ?

Dr G-S : « Le problème c’est que même si il n’y a pas beaucoup, il y a une telle homophobie qu’ils ont une vie extérieure comme les autres. Donc ils se cachent pour leur homosexualité. Cela veut dire aussi qu’ils ont peut-être une femme. Avec sa femme on se protège difficilement. Ce n’est pas parce que le chiffre est faible qu’il faut le négliger ».

K-G : Régulièrement on remarque des campagnes publicitaires de lutte contre le VIH-IST et le port du préservatif, au niveau de la prévention, tous les moyens vous semblent-ils nécessaires ?

Dr G-S : « Je pense qu’il faut répéter sans cesse les messages afin de maintenir l’état d’alerte et d’éveil des personnes même si on se rend compte que l’épidémie est stable ou diminue un peu, sauf pour les homosexuels. Cela doit atteindre une grande partie de la population ».

Pour la présidente, il convient d’agir vers les personnes précaires et informer sur les facteurs de risque plus importants tels le multi partenariat, les rapports anaux. Le multi partenariat favorise les IST et le VIH. Selon elle, l’épidémie du VIH est stable, et diminue un peu certes, mais il faut par conséquent faire connaître les différents traitements particulièrement chez les jeunes, faire savoir qu’on ne meurt pas du VIH, et que cela se soigne.

Pour améliorer l’épidémiologie, la COREVIH s’est fixée un objectif 90/90/90, à atteindre en 2020. Selon le docteur, l’objectif est d’« atteindre 90% de dépistés. Sur ce chiffre avoir 90% sous traitement. Et parmi ces derniers, atteindre 90% sous traitement stable ». Si cet objectif est atteint, ce qui relèverait bien évidement de l’utopie, il permettrait ensuite d’arrêter la progression de la maladie d’ici 2030, toujours selon ses propos.

K-G : Vous avez parlé des publics précaires, comment est organisé le dépistage des sans-abri?

Dr G-S : « La Croix-Rouge projette de mettre en place ce dépistage. Mais il manque une structure pour le faire efficacement ».4

 K-G : Quels sont donc les points faibles, dans les différentes actions que vous menez?

Dr G-S : « Nous voulons renforcer le dépistage et toucher davantage les populations à risques évoquées plus haut : homosexuels, migrants, personnes en situation d’addiction, prostituées, multipartenaires. Les jeunes de moins de 30 ans sont les plus concernés par le multi partenariat. Malheureusement, ces derniers sont les moins dépistés. On voit beaucoup d’IST chez les moins de 30 ans, notamment les chlamydies[1]. Egalement, on a des difficultés à aller vers les jeunes homosexuels qui constituent 1/3 des patients. Mener aussi une campagne vers les personnes âgées qui sont elles aussi concernées »…

… « Remettre une base sur la santé sexuelle des jeunes, chez qui on retrouve beaucoup d’IST car il existe chez eux beaucoup de multi partenariat. Parmi les points faibles, il y a la sensibilisation des parents. A cet effet, une association Gwad Info va monter une pièce de théâtre avec des parents pour informer les parents. La distribution des préservatifs dans les lycées pose aussi problème (pour l’éducation nationale). Il y aura aussi une intervention auprès des proviseurs pour qu’ils appliquent la loi et mettent des distributeurs de préservatifs à disposition ».

Selon le Dr, il n’y aurait pas beaucoup d’infections de VIH chez les jeunes. La raison étant qu’ils ont davantage de relations sexuelles entre eux. Mais elle pense que « le jour où le VIH va circuler chez les jeunes, ça va exploser ». La question des relations sexuelles intergénérationnelles peut stabiliser ou pas la propagation du VIH-sida dans notre département. Plus d’un tiers des patients atteints du VIH-sida ont plus de 50 ans. D’autres ont 80 ans et plus.

Beaucoup restent donc à faire, comme on peut le constater dans la lutte contre le VIH, mais les choses avancent petit à petit, semble t-il, espérons-le. Pour l’année 2015, des actions vont être mises en place, nous indique Mme GOERGER-SOW, avec 3 axes prioritaires : créer des outils adaptés avec les groupes les plus vulnérables, mettre en place un programme de dépistage avec les personnes formées, lutter contre la stigmatisation.

Cet échange donne ainsi un autre regard sur le VIH et les IST, mais plus précisément sur le travail de prévention et d’information qui doit être mené. Le Dr GOERGER-SOW qui évolue dans ce domaine depuis son arrivée en Guadeloupe en 1991, investie dans cette lutte contre le VIH-IST, milite pour l’éducation sexuelle et la santé sexuelle, semble tout à fait convaincue que c’est ensemble et dans la coordination que nous réduirons, à terme, le taux de personnes contaminées dans notre département.

Koezyon-Glob.fr

Qu’en pensez-vous ? Vos réactions sur ce sujet…

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[1] Très contagieuse, l’infection par Chlamydia trachomatis se transmet lors des rapports sexuels non protégés. Sournoise, cette bactérie peut être hébergée sans pour autant entraîner le moindre signe apparent. Les hommes ne sont pas épargnés. La chlamydia peut mettre en péril la fertilité future des jeunes filles, des grossesses extra-utérines (Source Doctissimo).




5 Commentaires to “La COREVIH-INTERREG, une plate-forme partenariale dans la lutte contre le VIH-IST : « Les jeunes de moins de 30 ans sont les plus concernés par le multi partenariat. Malheureusement, ces derniers sont les moins dépistés. On voit beaucoup d’IST chez les moins de 30 ans, notamment les chlamydies ».”

  1. Juste un plus : les dates des différents séminaires sur ce thème ne sont pas toujours connus de tous

  2. il est important de tenir compte de notre contexte géographique pour mener une lutte efficace contre le VIH. Le fort taux d’immigration dans notre île légitime un tel axe de travail.

  3. Contente de voir que vous mettez l’accent sur des publics que nous rencontrons dans notre pratique quotidienne et qui est à risque :les jeunes et les personnes immigrées. Pour les jeunes, les relations non protégées sont pour certains un fonctionnement courant. Malgré la sensibilisation que nous faisons, les comportements changent peu. Quand aux personnes immigrées, le grand obstacle c’est la situation administrative qui les maintient dans l’ombre et de ce fait, ne se font pas dépister.

  4. Les jeunes ne peuvent que se tenir tranquille face à cette montée d’IST dans le département. La jeunesse n’est pas égale à irresponsabilité. Ils doivent se donner les moyens de leurs actions.

  5. Très bel article sur un sujet on ne peut plus d’actualités. Le VIH semble oublié alors que nous sommes le deuxième département français le plus touché. Ce combat contre le VIH nécessite ‘implication de tous en gardant à l’esprit sa gravité.

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