Il y a de plus en plus de « clochards » en Guadeloupe : doit-on s’en inquiéter ?

Il y a de plus en plus de « clochards » en Guadeloupe : doit-on s’en inquiéter ?
Il y a trois décennies de cela, lorsque l’on rencontrait un clochard(1) dans la rue, quand une personne faisait la manche, c’était exclusivement dans la ville de Pointe à Pitre et particulièrement au Raizet, sa périphérie. On sait aussi pourquoi cette tendance était on ne peut plus concentrée dans ce secteur, en raison d’activités commerciales et attractives, notamment avec la très célèbre rue Frébault. Autour de la ville, des bâtiments, des tours à perte de vue, là où plus souvent que rarement les SDF pouvaient trouver, un banc dans un parc, une cave isolée en guise d’habitation de fortune. Mais également, l’ancien aéroport du Raizet et ses proches environs qui offraient quelque fois des spectacles miséreux à la population, aux touristes qui arrivaient sous le soleil de la Guadeloupe. Mais ça c’est une autre histoire !!!
Des noms mythiques et connus de clochards reviennent à l’esprit comme « bab’sal », « le wou kaka », « l’homme au bâton », par exemple. Les privilégiés de l’époque qui résidaient au Raizet s’en rappellent c’est sûr. Des hommes (très rarement des femmes) qui marchaient à petits pas dans les rues, ne connaissant pas la honte, le regard abattu, très poilus, vêtus de nombreux vêtements sals, très colorés, avec pour la plupart une meute de chiens errants qui les suivaient au pas, tellement l’odeur était nauséabonde. Selon les ouï-dire, il s’agirait d’individus qui avaient mené la grande vie en métropole, et/ou par le mauvais sort, désorientés, ayant déjà connus les bouches de métro et le froid d’hiver, regagnaient alors le pays, de gré ou de force, et « prenaient la rue pour eux ». Les familles de ce secteur-ci, le soir venu, craignaient de voir leurs enfants s’aventurer innocemment dans les rues, car il ne fallait surtout pas croiser un certain « sobéso », un personnage effrayant, qui était doté d’un membre génital hors normes, violeur d’enfants, de femmes, d’animaux.

Le phénomène de l’errance, c’était un cas ou deux mais ce n’était pas un phénomène important comme par la suite.
Les années passèrent, les temps changèrent, toujours sous le même soleil pour nous protéger, et la vie en Guadeloupe devenait de plus en plus difficile. Les dynasties politiques guadeloupéennes maintenaient solidement leur position et leur conspiration. Les rois des communes abdiquèrent, fut-ils devenus fort en âge, laissant le trône à un fils ou autre proche, désigné pour la continuité des affaires courantes, en l’état. Nous donc, populations étions toujours et continuellement régis par des coutumes de plantation : « fè sa ban mwen an ka fè sa ba-w ».
Des intellectuels guadeloupéens depuis tantôt géraient alors la Guadeloupe en seigneurs. Ces docteurs, ces enseignants, ces intellectuels, bien nantis en apparence, étaient les élus de la nation guadeloupéenne, légitimée par la mère patrie bienfaisante. Avec la providentielle mamelle pleine du lait nourrissant de cette mère, libérés, décentralisés, ils s’abreuvèrent tous jusqu’à l’étouffement ; la mère patrie veillant tout de même à l’évitement d’un décès par noyade du cœur. La politique et le tourisme ont profité à bien des chanceux.
Pendant ce temps, le pays subissait des assauts, des transformations, des changements de grande ampleur, chambardements sociétaux auxquels la population n’était pas du tout préparée. Des familles s’attelaient alors au mieux, selon elles, à l’éducation de leurs enfants, avec ou sans la transmission faite par les grands-parents (étant de plus en plus isolés et dépendants d’établissements), éducation selon le choix des parents, de leur idéal. Sont apparues des familles devenues individualistes, dont la réussite sociale se manifestait par l’aliénation : calquer le train de vie des familles françaises moyennes. Pour ces parents très souvent occupés par l’appât du gain, avec un penchant particulier pour l’hédonisme, l’amour pour leurs enfants, souvent délaissés, était démontré par des cadeaux de valeur.

Et pourtant, et pourtant, le temps a dit…ce temps qui passe si vite n’a pas fait émerger que du bon. Ces enfants dits de bonnes familles que sont-ils donc devenus ? Ceux à qui les parents interdisaient de fréquenter les « vyé nèg », ces autres enfants miséreux. L’esprit bourgeois s’était emparé de nos mentalités : « pon moun pa vlé fòsé ankò ». Les guadeloupéens ayant beaucoup de besoins « matériels » à satisfaire, à n’importe quel prix, et donc peu de temps pour leur santé…mentale.
Malgré un travail social qui semblait alors se mettre en place jadis, en termes de prévention et de préparation des populations à entrer dans le monde nouveau, sous la direction de peu de professionnels accomplis, peu de professionnels comprenant le sens du vrai travail à accomplir : celui de la conscientisation collective, de la motivation des masses, pourtant pas le sens préconisé par le centralisateur. Le résultat actuel de tout ce labeur est naturellement vain. Evidemment beaucoup de spécificités et de moins en moins de commun, donc toujours à la traîne.
Aujourd’hui la preuve est que les principales valeurs d’une société « travail et effort » ne figurent sur aucun étendard collectif, pas même sur ceux de nos collectivités territoriales. Ces valeurs clés ne sont pas dans les mentalités de notre société, ni dans celles des jeunes ou même des moins jeunes.

D’où ce questionnement : à quoi sert tout ce travail social, de secteur, associatif, politique et éducatif en Guadeloupe ?

Les dispositifs sociaux créent encore plus de problématiques perverses, donc plus de misère à long terme.

Va-t-on continuer vers une route sans signalisations ?
La Guadeloupe a échoué, fondamentalement. Nous suivons encore continuellement la condition de la mère patrie. Nous suivons des directives fut-elles européennes, mondiales ou sectaires, qui ne vont pas dans le sens d’un développement endogène.

Alors ce que l’on voit dans nos rues, c’est notre résultante, notre image, notre reflet, c’est nous. Ce sont nos enfants qui sont dans la rue. La Guadeloupe sé tan nou : lè i té bèl i pa té tan nou, alè i vin sal sé tan nou. Le système est donc établi : la Guadeloupe sé ta yo. Résignez-vous alors une bonne fois pour toute et on en parle plus.
Stone ex nihilo.
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1 – Le terme clochard utilisé n’est pas ici de manière péjorative. C’est dans l’unique but de sensibiliser le lecteur sur la condition réelle des individus dans notre société.




2 Commentaires to “Il y a de plus en plus de « clochards » en Guadeloupe : doit-on s’en inquiéter ?”

  1. que nous le voulions ou pas, la modernité ce n’est pas seulement le positif, c’est aussi la misère, la désaffiliation, l’isolement qui entraînent la marginalisation, l’exclusion.De tels lieux deviennent alors le toit de nombre de sans-abri

  2. le paysage de la Guadeloupe a beaucoup changé avec tous ces sans abri. Ils sont comme le dit l’article symptomatique de notre mode de vie à 2 vitesses. Le plus difficile c’est le nombre de femmes qui se retrouvent dans de telles conditions

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