Frédéric DUMESNIL alias Bwana, Médiateur de rue pour la ville de Baie-Mahault : « …dans ma démarche je ne juge personne. Les jeunes savent aussi que nos échanges restent confidentiels…».

Frédéric DUMESNIL alias Bwana, Médiateur de rue pour la ville de Baie-Mahault : « …dans ma démarche je ne juge personne. Les jeunes savent aussi que nos échanges restent confidentiels…».
L’interview avec Bwana s’est faite au lieu-dit « La Friche », un endroit qu’il affectionne tout particulièrement et qui se situe derrière la bibliothèque Paul MADO, à proximité d’une usine désaffectée limitrophe du cimetière de la commune. Ce lieu patrimonial, avec une vue frappante sur la marina, est chargé en éléments culturels, propres de la ville de Baie-Mahault où notamment se produisent de temps à autre des léwoz. En accompagnant Bwana sur ce site, en traversant le centre-ville, nous avons pu remarquer la sensibilité de ce jeune homme à s’arrêter à chaque bik pour saluer des jeunes rassemblés, lesquels expriment un respect profond pour lui. Qui est donc cet homme, l’homme qu’on surnomme Bwana ?

Présentation de Bwana

Frédéric DUMESNIL alias Bwana a été élevé à Baie-Mahault, dans le coin, comme il aime à le dire. Il a fait un cursus scolaire normal. En 2000, après avoir raté son bac, il est parti en France hexagonale où il a eu une équivalence. A l’époque, son père était dans le tourisme. C’est donc un peu naturellement qu’il s’est dirigé lui aussi vers ce secteur. En 2001, il a passé le Certificat de Marketing Touristique. Il a donc travaillé avec bon nombre d’agences connues sur la place. Cependant la précarité de l’emploi et les horaires décalés étaient difficilement conciliables avec une vie de famille. Il a donc passé et obtenu un concours dans la Fonction Publique. Puis a été nommé sur un poste de Secrétaire d’un Service Hygiène et Sécurité, pour assurer la sécurité des laboratoires du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique). Bwana a par la suite passé un autre concours en tant qu’Agent technique cette fois, et ce pour être essentiellement sur le terrain, toujours dans le même service des laboratoires. Concours obtenu, il n’a pas pris de poste car il avait décidé de rentrer en Guadeloupe en Juillet 2007. Un grave accident de la route a différé son retour de quelques mois et c’est finalement en fin 2007 qu’il revient dans son île, avec un projet dans le transport touristique. Suite à cet accident, ne pouvant conduire, son projet a été annulé.

K-G : Comment s’est passé alors ce retour au pays ?

Bwana : « Tout avait changé, je ne reconnaissais plus mon quartier. L’attitude des jeunes envers les personnes âgées avait changé, l’aide pour porter le cabas trop lourds des aînés, les valeurs, tout ça disparu. Même si je ne voulais pas généraliser, la vérité s’imposait : le quartier calme où j’avais été élevé était devenu dangereux ».

K-G : Quelle a été ta réaction ?

Bwana : « J’ai commencé par porter mon aide aux jeunes bénévolement, pour des cv, la préparation des entretiens etc. C’était  chez moi, en mettant à leur disposition ce que j’avais, mon ordinateur par exemple. L’idée de monter une association était la suite logique. En 201O, JPMC (Just Promote My Culture) est né. L’association a bénéficié du soutien de la Municipalité de Baie-Mahault et de professionnels d’événementiels L’objet c’était de faire de l’insertion par la culture : danse, peinture, musique, poterie, pour mettre en valeur aussi les talents cachés. Ils ont commencé par faire un concert test, en 2010 avec le collectif Bisso Na Bisso ; constat : en investissant les jeunes dans un projet, on pouvait en tirer quelque chose de bien. On a pris les plus virulents et concrètement, il fallait qu’ils s’investissent : venir aux répétitions, les  organiser, aider à monter le concert, en fait les investir. Conclusion : ça marchait. D’autres expériences positives ont suivi comme en 2011 le concert avec Lil’John et aussi Sexyon d’assaut avec plus de 10 000 personnes, des jeunes, des moins jeunes et il n’y a pas eu d’incidents. Je regrette malgré tout que les médias aient mis l’accent uniquement sur des choses qui se sont passées en marge, comme des jeunes avec du cannabis dans leur voiture, alors que le plus important, tel l’absence  d’actes de violence, n’a pas été noté ».

K-G : Comment es-tu arrivé à ton poste actuel de Médiateur de rue ?

ok okBwana : « Le travail que je faisais avec mon association a été connu, et même reconnu. La municipalité a fait appel à moi et en 2011 j’ai intégré le poste de Médiateur de rue, qui est une continuité de ce que je faisais déjà. Mais avec mon expérience professionnel et dans la rue, je projette de passer le diplôme d’Educateur Spécialisé en VAE (Validation des Acquis de l’Expérience professionnelle) ».

K-G : Comment expliques-tu ton excellent contact avec les jeunes ? Nous avons noté alors que nous roulions juste derrière toi en voiture, comment tu prenais le temps de saluer chacun, de demander des nouvelles ? Cela y contribue sans doute ?

Bwana : « Sûrement. Je connais tout le monde, le grand frère, un cousin, ce qui facilite le contact. De plus, dans ma démarche je ne juge personne. Les jeunes savent aussi que nos échanges restent confidentiels et que lorsqu’on parle de quelque chose ça ne sortira pas de mon bureau. Ils  n’hésitent pas à me raconter ce qui les préoccupe. Hier, par exemple, j’étais en sortie avec 7 jeunes majeurs, désignés par la société comme virulents. Ils ont fait un circuit de découverte, avec une Usine pour voir la transformation de la canne à sucre, la kassaverie, le fort DELGRES, la plage de Roseau. Ils se sont bien tenus durant la sortie, et aussi pendant toute l’année. La justice leur fait confiance pour ceux qui sont concernés par la semi liberté, avec un boulot. Ils s’intègrent facilement et avec un  changement apparent. Le travail avec ces jeunes c’est beaucoup de proximité ».

K-G : Donne-nous un peu plus de précisions concernant ton travail au sein de la Municipalité ?

Bwana : « Le service auquel je suis rattaché est le Centre de Ressources de la Jeunesse et de la Cohésion Sociale. Mes missions sont diverses, conseils, informations, médiation pour désamorcer les conflits. Le cadre de travail est excellent, avec une grande autonomie laissée par notre Responsable. Dans la pratique, nous travaillons beaucoup avec les maisons de quartier. Avec elles, nous avons un concept, c’est la VAQ (Vie et Animation des quartiers). Nous organisons des conférences sur des thèmes adaptés pour les jeunes, des activités de loisirs comme par exemple des grillades. Dans un tel cadre, les discussions sont plus faciles et plus ouvertes. Ce qui est bien, c’est que nous créons un vrai lien  social dans tout le quartier. D’ où la baisse des actes de délinquance au niveau de Baie-Mahault. En fait, le vrai travail commence après 17 heures ».

K-G : Avec ce service, la jeunesse est pour la commune une priorité semble t-il ?

Bwana : « Tout à fait. La jeunesse a toujours été une priorité pour cette équipe car elle représente l’avenir. De nombreuses actions sont menées pour cibler au mieux les actions en leur faveur. En amont, en 2009, il y a eu Les Etats généraux de la Jeunesse, organisés par le maire actuel, pour mettre à plat leurs problématiques et des pistes de travail. L’échec scolaire, les problèmes familiaux et éducatifs concernent bon nombre de jeunes. Ces travaux ont été utilisés pour la mise en place de réponses et de dispositifs : permis gratuit, maisons de quartier, bibliothèque avec service gratuit. La municipalité a aussi mis en place le TIC (Travaux d’Intérêts Collectifs), où les jeunes bénéficient d’une activité pendant deux semaines. C’est un premier pas dans le monde du travail. Ils sont aussi mis en relation avec les boîtes d’insertion. De nombreux partenaires nous portent leurs concours comme le RSMA, le CAVA (Centre d’Aide à la Vie Active), le SPIP (Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation, le SEPSI, etc. Je fais aussi partie du Groupe Local de  Prévention (GLP[1]».

K-G : Tout ce travail portent-ils ses fruits ?

Bwana : « Les changements sont visibles. Le soir, il y a moins de jeunes qui traînent dans les rues car le lendemain ils doivent aller travailler ou se rendre en formation, ou encore effectuer leurs démarches. Les jeunes se sont auto-éduqués. Baie-Mahault est apaisé, aujourd’hui il y fait bon vivre ».

A cet instant même, un jeune sur un scooter passe et le salue, en grand frère, il en profite pour lui rappeler de mettre son casque…

K-G : Quelle est ta vision du travail social ?

Bwana : « Le travail social est important dans notre société pour faire face à la délinquance. Il faut aussi noter l’importance de l’activité professionnelle pour aider les jeunes, ils peuvent ainsi se ok ok okprojeter dans la vie. Mais pour être un bon travailleur social, il faut surtout la pratique, mais la théorie est aussi importante. C’est ce qui m’encourage à passer mon diplôme d’éducateur spécialisé.  J’ai aussi côtoyé des personnes qui m’ont donné envie d’aller plus loin : M. Albert FLAGIE, M. Jean-Yves BESSON,  Steve GADET alias FOLA et Hyppomène LEAUVA ».

A croire que dans la vie, il y a  des rencontres, situation qui n’était pas prévue, FOLA arrive au même moment à la Friche, pour faire également une interview…

K-G : Quel est ton souhait en tant que jeune guadeloupéen et médiateur de rue ?

Bwana : « La Guadeloupe est notre île, je veux qu’elle devienne de plus en plus belle. Il nous manque un centre de désintoxication, alors que les addictions sont une problématique majeure dans le département. Les jeunes filles qui ont un enfant et qui se retrouvent à la rue, mériteraient aussi d’avoir un lieu d’accueil. Il faut aussi respecter les compétences de chacun et les utiliser au mieux. Cela me permet de vous parler de mon ami Hyppomène LEAUVA qui a fait et fait encore un travail gigantesque avec les jeunes du Lamentin. Pourtant ce travailleur social connaît actuellement des difficultés sur le secteur, on voudrait l’écarter ». En conclusion, il exprime ceci : « n’oublions jamais le travail accompli par quelqu’un, un travail qui lui demande un investissement  sans limites ».

Koezyon-glob.fr

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[1] Le G.L.P est une instance de partage des informations qu’on juge préoccupantes entre différents services publics ou privés, concernés par la question de la prévention de la délinquance, notamment juvénile, la protection des biens et des personnes et la tranquillité publique. Objectifs du GLP : surveiller en continu les tensions dans les quartiers par la mobilisation des acteurs de proximité ; favoriser l’échange régulier et durable d’informations entre les partenaires identifiés d’un territoire donné ; évaluer qualitativement les risques de développement des violences sur ce même territoire ; examiner les actions mises en œuvre ou à mettre en œuvre pour réduire les risques de violences, la délinquance juvénile et favoriser l’accès à la citoyenneté (démarche projet/diagnostic partagé) ; élaborer une procédure d’alerte rapide au niveau local et préparer les conditions de mobilisation rapide des ressources pertinentes en cas de crise.




7 Commentaires to “Frédéric DUMESNIL alias Bwana, Médiateur de rue pour la ville de Baie-Mahault : « …dans ma démarche je ne juge personne. Les jeunes savent aussi que nos échanges restent confidentiels…».”

  1. bwana c juste un travailleur social qui a des couilles, voilà c tout!!!

  2. baie-Mahault devrait être une ville pilote pour analyser à fond les répercussions de la politique menée par la ville pour les jeunes et les effets obtenus.

  3. Bonjour,
    félicitations de voir que des personnes s’investissent pour nos jeunes.
    En tant que parents d’ado je ne peux que dire merci.
    Souvent quand nos enfants dérapent, on leur tourne le dos et les choses s’aggravent. Alors qu’une aide peut leur permettre de se ressaisir.

  4. Bonjour,
    je voudrais poser une seule question : est-ce que les autres communes mettent en place de tels dispositifs?

  5. Le parcours de Bwana me rappelle un peu le mien En effet, j’accompagne des jeunes dans le cadre d’une association. Mais je n’ai pas de diplôme spécifique. je vais me renseigner pour la validation des acquis. L’article est bien fait et montre que nous pouvons faire quelque chose pour les jeunes.

  6. L’exemple de ce monsieur nous montre qu’avec l’envie, on peut faire des choses extraordinaires. Tous ces jeunes, qui parfois nous font peur, ont surtout besoin d’une écoute, de conseils et d’un encadrement. Après, il faut la bonne manière. Apparemment M. Dumesnil l’a trouvé.

  7. On a besoin de ces médiateurs qui font un travail extraordinaire avec les jeunes.
    Ils ont surtout le bon état d’esprit : ne pas porter de jugement sur les autres

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