« Etre adolescent aujourd’hui » : conférence-débat organisée par la section MGEN-Guadeloupe, dans le cadre de la 26 ème édition des semaines d’information sur la santé mentale (SISM)

« Etre adolescent aujourd’hui » : conférence-débat organisée par la section MGEN-Guadeloupe, dans le cadre de la 26 ème édition des semaines d’information sur la santé mentale (SISM)
La bibliothèque Paul MADO à Baie-Mahault a permis de réunir parents et professionnels sur le thème « Etre adolescent aujourd’hui » qui interpelle plus d’un. Des professionnels intervenant avec ce public, qui fait l’objet tout particulièrement de notre attention, sont venus porter et partager leurs expériences de terrain : le docteur DEVEAUX, psychiatre2 intervenant en CMP, Mme Pascale PHIPPS, éducatrice spécialisée et Jean Pierre PHIPPS psychologue, tous deux de la Maison des adolescents de Baie-Mahault.

Dans son allocution d’ouverture, Monsieur Antony JEAN, Président de la MGEN section Guadeloupe, après des remerciements à tous ceux qui ont contribué à l’organisation de cette manifestation (la municipalité de Baie-Mahault, les intervenants et participants), a mis en avant les cinq objectifs de ces rencontres, qui sont ceux retenus au niveau national. Ce sont principalement :

– Convier aux évènements un public qui n’est pas habituellement sensibilisé aux questions de la santé mentale, dans un souci d’information et de déstigmatisation ;

– Informer sur les différentes approches de la santé mentale ;

– Rassembler par cet effort de communication, acteurs et spectateurs des manifestations, les professionnels et usagers de la santé mentale ;

– Aider au développement des réseaux de solidarité, de prévention et de soins en santé mentale ;

– Faire connaître les lieux, les moyens et personnes pour apporter une information de proximité.

Madame Corinne DACALOR, modérateur de l’évènement, a introduit le premier intervenant madame Pascale PHIPPS. Cette dernière a présenté une structure incontournable pour les adolescents : la Maison Départementale des Adolescents. Dans une présentation synthétique, elle a fait un bref historique, nous précisant sa date d’ouverture dans le département, en 2012, ainsi que le public accueilli : des adolescents entre 11 et 20 ans, ainsi que leur famille, pour des informations ou une prise en charge sur des problématiques qu’ils rencontrent.

Le relais a été fait par Jean-Pierre PHIPPS. Le psychologue a d’abord défini l’adolescence qui est une étape vers l’âge adulte, se caractérisant par des transformations physiques (menstrues, seins, poils), psychiques et comportementaux (rapport à l’adulte, attitudes envers le respect..). Il a fait remarquer comment cette période délicate, peut se compliquer par les attentes de l’environnement. Il a illustré ses propos, en citant « le paradoxe de l’adolescent », où le jeune qui n’est pas enfant, qui n’est pas adulte, et, à qui la société demande un comportement qui le met en désarroi : tantôt être plus mûr, tantôt rester à sa place d’enfant. M. PHIPPS a su trouver dans notre environnement culturel une correspondance à ce paradoxe : « gadé mwin lè an ka palé ba vou » (positionne toi en tant qu’adulte), « béssé zyé a vou » (baisse les yeux, reprends ta posture d’enfant. Pour lui , l’adolescence est un concept du monde industriel, car dans nombre de société on passe directement de l’adolescence à l’âge adulte avec les responsabilités y afférant.

Tout le travail des professionnels est d’expliquer aux parents que l’adolescent a besoin de son intimité et de son autonomie, mais qu’il a aussi besoin du discours parental. Quand il y a crise de l’adolescent, elle est souvent le symptôme d’un malaise familial. Quelles que soient les difficultés, monsieur PHIPPS a fait ressortir l’importance de toujours préserver le lien parents/enfants, maintenir la communication.

3Ces dernières paroles ont permis d’introduire le docteur DEVEAUX psychiatre, qui portait l’information sur le mal-être ou la maladie, et la manière de les repérer. Ce sont par des propos rassurants qu’elle a débuté son intervention. Selon elle, 85 % des adolescents ne font pas de crise, de maladie, ni de tumulte, tout se passe bien. Les 15% restants expriment leur mal être par des moyens divers : anorexie, toxicomanie, scarification, piercing, actes délictueux, etc.

Citant Philippe JEAMMET, pédopsychiatre, madame DEVEAUX a précisé que les professionnels parlent de souffrance de l’adolescence quand le jeune cesse de se nourrir dans un des trois domaines essentiels :

– physique : (nourriture, sommeil)

– apprentissages (désinvestissement)

– relationnel (repli, isolement).

La durée et le nombre des troubles du comportement permettront de déterminer la gravité de la maladie. Comme elle l’a rappelé si bien les parents doivent être attentifs et réactifs face à des troubles qui persistent et solliciter l’aide de professionnels. Parmi les troubles mentaux de l’adolescence, le médecin a cité les trois plus connus :

– la dépression, de loin la plus fréquente,

– le trouble bipolaire qui est une dépression avec deux phases contraires : une période d’exaltation, et une période de dépression, d’abattement.

– la schizophrénie, qui est une psychose, se caractérise par des hallucinations visuelles ou auditives. Le diagnostic n’est posé qu’après 6 mois de durée des troubles qui y sont associés.

Il a été établi que ces deux derniers troubles ont un caractère héréditaire avec une prédisposition génétique, même si d’autres facteurs interviennent, comme l’environnement, la construction psychique. Pour conclure, elle a souligné la nécessité de repérer les troubles du comportement chez l’adolescent, pour une prise en charge rapide.

Le regard et l’expérience de toutes ces personnes qui interviennent dans le quotidien auprès de ces jeunes en difficulté, ont été renforcés par un témoignage poignant. En effet, un parent a accepté de parler de son vécu avec sa fille qui a été atteinte de troubles bipolaires, à l’âge de 19 ans. Il a décrit avec une grande émotion sa lutte contre la maladie, le quotidien avec parfois des actes de violence contre elle même ou des objets, mais surtout la solitude du parent face à ce drame. Il reste persuadé que la médecine n’a pas pour l’instant les moyens de guérir cette pathologie.

Les questions qui ont donc suivi, tendaient surtout à mieux comprendre ces maladies qui suscitent la peur, pour beaucoup d’entre nous.

Nous retiendrons de cette conférence que, même si le passage à l’adolescence n’explique pas d’avérés comportements déviants de certains de nos jeunes, car, vivants au sein d’une société et plus ou moins conscients, tout de même, de la notion de morale, le travail avec l’adolescent reste, par conséquent, un travail de réseau : avec l’adolescent et les parents, comme principaux acteurs. Ainsi il faut travailler ensemble, ce qui sous entend qu’il faut se connaître, se rencontrer. Ce sera très certainement le cas, lors de prochaines rencontres sur ce thème.

koezyon-glob.fr




4 Commentaires to “« Etre adolescent aujourd’hui » : conférence-débat organisée par la section MGEN-Guadeloupe, dans le cadre de la 26 ème édition des semaines d’information sur la santé mentale (SISM)”

  1. Est-ce une impression, ou y a-t-il réellement plus de pathologies mentales? Le témoignage du parent nous fait voir que nos enfants sont de plus en plus fragiles et donc pas à l’abri.

    • On parle souvent de pathologies des jeunes mais il faut surtout dire aussi que nombre de ces jeunes ont des problèmes mentaux suite à l’usage de produits tels que le cannabis, la poudre ou des compositions spéciales dont eux seuls ont la connaissance et pour lesquelles ils assument la consommation. Et tout cela, le plus souvent les parents ne sont pas au courant, alors ils pensent, quand l’enfant disjoncte, qu’il s’agit soit du mauvais sort, des amis, des mauvaises fréquentations, des autres. D’autres se voilent même la face en disant que ce sont les études qui ont rendu l’enfant fou. Pour très peu de cas c’est possible. Mais ils ne peuvent imaginer que leurs enfants font le choix en leur âme et conscience de goûter, par curiosité souvent, ou sous l’influence des autres, des drogues. Des parents bien nantis et vivant des vies parallèles pensent qu’avec les biens matériels ils peuvent éduquer un enfant et avoir la paix. D’autres parents sont en difficulté car souvent la mère assument seule, mais ce n’est pas une excuse non plus. Des parents souvent veulent surproptéger leurs enfants en leur évitant de découvrir la vie, en les empêchant de sortir, et un jour quand ils sont confrontés de manière brutale à l’autonomie, en partant faire des études en France par exemple, ils sont totalement perdus, vulnérables, et là ils représentent des proies faciles pour les loups. Il faut à mon avis éduquer un enfant oui, mais plutôt l’accompagner dans la vie, le guider dans ses choix si il le veut bien sûr, mais surtout le laisser découvrir la vie de ses propres yeux et de ses propres oreilles, le laisser face à ses choix et par rapport aux apports éducatifs qu’il a reçu, il devrait trouver l’équilibre. Et là on saura plus ou moins ce qu’il choisit d’être réellement dans sa vie. C’est l’enfant lui seul qui a la décision finale, ce ne sont ni les parents, ni les psychologues, ni personne, c’est lui et lui. L’adolescence ne justifie pas tout.

      • l’aspect éducatif est certes important, mais pas suffisant pour expliquer l’usage de produits psycho-actifs par les jeunes. Cependant dans ma pratique professionnelle, je rencontre beaucoup de jeunes qui suite à la consommation de ces produits ont développé des troubles du comportement, allant jusqu’à l’hospitalisation en unité psychiatrique. ces produits addictifs ont donc un rôle à jouer dans le déclenchement des troubles du comportement, dans certains cas….

        • L’utilisation des produits psycho-actifs est une façon de faire face à leur mal être. En tant que parents nous devons nous interroger. Quel cadre éducatif et sécurisant offrons -nous à nos enfants? On nous a fait longtemps croire qu’à défaut de temps en quantité, on devait leur donner du temps de qualité? PfffCela ne semble pas la bonne recette. Faisons aussi le bon choix entre posséder et être. A réfléchir, sur ce que nous transmettons à nos rejetons.

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