Les origines de l’initiative du développement des structures d’insertion par l’économique en Guadeloupe, article de professionnels de l’intervention sociale et médico-sociale » : Ghislaine TOI témoigne…

Les origines de l’initiative du développement des structures d’insertion par l’économique en Guadeloupe, article de professionnels de l’intervention sociale et médico-sociale » : Ghislaine TOI témoigne…
En novembre 2013, j’ai eu le plaisir de dérouler mon parcours de vie professionnelle en présence de deux membres de l’équipe de cette nouvelle initiative de création d’un blog « koezyon-glob » pour les travailleurs sociaux et médico-sociaux (voir article du 6 novembre), issue d’une action de formation dédiée au thème de l’accompagnement social, et initiée par l’association abymienne MADES en partenariat avec Cap Excellence.

Il est vrai que dans le feu des échanges, certaines subtilités ont pu passer inaperçues. Aussi semble t-il utile de pouvoir préciser certains éléments clés, en profitant de l’opportunité de la rédaction d’articles  thématiques. Il est vrai que le texte initial de l’interview ouvre de multiples possibilités, dont il convient de se saisir pour aller vers plus d’approfondissement.

La lecture attentive que j’en ai faite fin 2013, m’a donné envie de proposer ce premier acte d’approfondissement pour mieux éclairer un parcours qui a bien des égards est celui de nombreux travailleurs sociaux. J’ai à cet effet une pensée particulière pour le Professeur Henry DESROCHES, de l’Ecole des Hautes Etudes en Pratiques Sociales (EHEPS), rencontré en 1981, qui m’avait invité à toujours garder des traces écrites de mon cheminement pour être en mesure d’en témoigner, à tout moment, et particulièrement à l’occasion de recherches-action en Sciences Sociales.  Une pratique déjà expérimentées en formation d’éducateur spécialisé (ES).

 

Les origines de l’initiative du développement des structures d’insertion par l’économique en Guadeloupe :

L’éducateur spécialisé formé pour s’adapter au contexte sociétal.

L’éducateur  spécialisé, est considéré comme un technicien de la relation, appelé à intervenir au sein de familles rencontrant des difficultés dans l’éducation de  leurs enfants, mais aussi au sein d’institutions créées pour répondre à ce type de problématiques,  lorsque le placement est devenu inévitable. Dans les années  70, les formateurs nous faisaient souvent  traiter du sujet suivant : la pire des familles vaut mieux qu’une bonne institution, qu’en pensez-vous ?

Problématique o combien complexe ! En réalité ce type de sujet était destiné à nous faire réfléchir au rôle majeur de la famille dans le bon développement de l’enfant. La famille idéale étant   de manière générale la  famille nucléaire, entendez par là, celle constituée de Père-Mère et leurs enfants. Les autres formes étant considérées  comme potentiellement productrices de difficultés plus importantes. Néanmoins, il revenait aux professionnels de l’éducation spécialisée  d’adapter leur intervention en fonction des réalités des publics et de la composition familiale. La formation ainsi dispensée préparait le futur ES, à apprendre à fabriquer ses propres solutions pour rendre son intervention le plus efficace possible en fonction des situations singulières traitées. Aussi lorsque sous la houlette de celui qui en avait pris l’initiative, en Guadeloupe Albert FLAGIE des ES, ont eu à intervenir dans le premier service de prévention spécialisée du Département (1970), sur les quartiers de la ceinture urbaine de Pointe-à-Pitre, ils avaient l’obligation d’effectuer une période d’observation distanciée de 2 à 3 mois, afin de bien saisir les réalités de leur milieu.  Pour ce premier SCEP, de Guadeloupe, la première équipe a investi les quartiers nord-Est de Boissard, deuxième pont, etc. La deuxième dont je faisais partie, avec feu Emmanuel ALBON et Jacques MONTOUT, intervenait sur  les quartiers du nord : Vieux –bourg,  Lacroix, Dugazon,  Petit Pérou. Nous allions à la rencontre des habitants et des jeunes en particulier, cibles de nos interventions. Occasion de vérifier concrètement,  les éléments du dossier d’agrément à l’origine de la création du SCEP. Notre premier temps d’immersion a donné lieu à un rapport  intitulé « 3 regards sur le nord », que je garde précieusement.

Zoom sur les jeunes de cette époque :

Ils étaient nombreux dans ces quartiers, en vie active, ayant connu un parcours d’échec scolaire et quitté l’école sans la moindre qualification. Issus de familles nombreuses  en difficulté. Dès lors notre priorité consistait à les accompagner à la recherche de formations et d’un premier emploi quand c’était possible pour leur permettre de contribuer ainsi, aux ressources du foyer. Mais généralement, ils avaient besoin de passer par la case apprentissage pour avoir une meilleure chance de s’insérer.

Les contraintes de la case apprentissage :

 Les essais pouvaient être décevants  pour beaucoup d’entre eux, face aux contraintes de l’apprentissage. Par exemple difficile pour un jeune de se voir confier pendant plusieurs semaines les taches de nettoyage de l’atelier sans que l’artisan patron, lui enseigne la moindre introduction aux techniques du métier visé. Les plus vulnérables ne parvenaient pas à développer suffisamment  de patience pour attendre le bon moment et le bon vouloir des patrons qui eux-mêmes en leur temps étaient passés  par là et qui ne faisaient que reproduire ce qui en leur temps avait réussi. En dépit de l’accompagnement éducatif,  nombreux étaient ceux qui abandonnaient, obligeant les professionnels, à une réflexion profonde  sur d’autres alternatives à leur désœuvrement.

Des petits boulots à la structuration d’un secteur : La Leçon

 C’est dans ce contexte que certains  ES en sont venus à imaginer avec ces jeunes des petites solutions, expérimentées lors de fêtes patronales, par exemple telle la tenue de bars sans alcool, et ensuite la vente de poulet- frites, (bien moins fréquentes qu’aujourd’hui), en guise d’entrainement à la structuration de petites activités autonomes exigeant peu de moyens de mise en œuvre ; au grand plaisir et enthousiasme des premiers bénéficiaires. Mais très vite le service sanitaire de la DASS, interpellait sur les normes à respecter exigeant l’arrêt des premiers essais. Parallèlement, les cerveaux « chauffaient »  pour trouver les réponses à activer pour poursuivre ces expérimentations. Participation des cadres du service à des colloques en France hexagonale, traitant d’initiatives identiques. Confrontant les expériences, et les solutions, s’encourageant mutuellement à persévérer tant la conviction était forte, que c’était la bonne direction pour aider les jeunes de façon durable (voir interview A.FLAGIE. En effet pour nous, en raison de notre  contexte du sous-emploi et du chômage, nous étions obligés  de faire preuve d’imagination et d’innovation. Il a même été question que les ES les plus engagés, évoluent dans des fonctions de chef d’entreprise, pour accompagner les créations d’activité, prêts  à renoncer à  leur statut protégé de salarié en CDI. Ainsi ai-je fait le choix à un moment donné de travailler à un mémoire DEHEPS, sur l’insertion des jeunes, et la difficile conciliation du social et de l’économique. Exercice,  de  nécessaire prise de recul vis-à-vis de mon engagement dans ce nouveau courant de l’Insertion par l’Activité Economique.

La  leçon majeure : pas d’action éducative et sociale,  efficace sans réponses d’insertion par l’activité et l’emploi, par le développement personnel et professionnel.  Dans cette perspective l’approche coaching s’est  présentée comme un précieux  outil d’accompagnement des personnes.

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