Albert FLAGIE : « L’évolution de la famille guadeloupéenne » ; rencontre dans le cadre du Didiko organisé le mercredi 4 juin 2014 par la Maison Départementale des Adolescents de la Guadeloupe

Albert FLAGIE : « L’évolution de la famille guadeloupéenne » ; rencontre  dans le cadre du Didiko organisé le mercredi 4 juin 2014 par la Maison Départementale des Adolescents de la Guadeloupe
M. André PALAMEDE, directeur de la MDA fait part des problématiques les plus récurrentes au cours de l’année écoulée dont certaines sont sans doute en lien avec l’évolution de la famille :

–        problèmes de comportement surtout dans le milieu scolaire

–        les addictions : produits illicites et cyber addiction

–        les difficultés en lien avec la sexualité.

Il est apparu important pour la MDA dont les missions sont d’être un lieu d’accueil, d’écoute, d’information, d’orientation pour les jeunes afin d’accompagner au mieux les adolescents face à leurs difficultés, de proposer ce thème, ô combien d’actualité afin de pouvoir mieux situer l’environnement où évolue ces jeunes. En préalable, l’invité M. Albert FLAGIE  a tenu à nous préciser combien ce sujet est vaste, complexe et difficile, se basant non seulement sur ses recherches en tant qu’anthropologue mais aussi sur le travail de proximité qu’il a mené en tant qu’éducateur spécialisé. Comprendre flagiel’évolution de la famille guadeloupéenne c’est la situer dans l’évolution de notre société, à travers des éléments qui lui semblent significatifs. Dans un bref retour dans le temps, l’orateur a bien mis en évidence le regard négatif qui existait déjà sur les mères seules, « dépravées » avec des pères « insignifiants ». Ce retour dans le passé fait aussi dire avec conviction à M. FLAGIE, que ce n’est pas le type de famille qui déterminait si un jeune allait basculer dans une conduite déviante mais son caractère. Aujourd’hui quel est le constat ? Beaucoup pensent que c’est le type de famille qui pose problème. Il pose déjà un postulat : « dans les formations, la question familiale est mal abordée ». Quelles sont les périodes importantes dans l’évolution de la famille en Guadeloupe?

La période esclavagiste où la famille était centrée sur la femme. La famille  telle que nous la connaissons aux Antilles, de type matrifocal, tire son origine du code noir : la femme a eu une place prépondérante, où l’article 12 et 13 lui attribuait la prise en charge de ses enfants, le père était écarté. En fait les enfants appartiennent au maître, et la femme les élèvent. C’est donc l’élaboration d’un système de valeur féminin qui fait l’éloge de la femme combative « fanm tombé pa janmin désespéré ».

La période post-esclavagiste avec l’après 1948 immédiate. Jusqu’à cette date le  système où la femme était « chef de famille » a toujours fonctionné, a été mis à mal par l’arrivée après l’abolition de l’esclavage de l’application du code civil qui va transférer à l’homme ce statut. Dans la réalité cette place ne leur a jamais été accordée par les femmes qui continuent à être au centre de la famille et à la diriger : c’est donc un grand malentendu qui est à l’origine de la famille guadeloupéenne.

L’arrivée des prestations sociales…les années 1974…une date importante pour les familles en Guadeloupe : arrivée de l’allocation de parent isolé. Cette aide destinée à aider les familles monoparentales en France va avoir une autre portée en Guadeloupe : les femmes vont y voir une source de revenus, pour elles qui sont déjà en charge de famille et en  situation d’isolement, elles obtiennent ainsi une autonomie financière. L’homme n’est même plus le pourvoyeur de fonds et la femme assoit davantage son pouvoir.

La période actuelle caractérisée par une réussite scolaire, où la famille de type matrifocal devient un choix de vie. L’évolution des femmes avec une réussite scolaire de plus en plus importante des filles va engendrer un nouveau type de famille matrifocale, choisie voulue : ces nouvelles femmes indépendantes veulent les 3V : voiture, virement, villa. Elles font elles aussi fi des hommes. Au final, depuis l’esclavage, la famille a toujours été centrée autour de la femme, laissant peu de place aux hommes. Pourtant, on assiste à une nouvelle donne avec ces pères de la « gwada attitude »  qui revendiquent leur place de père. Quelle place veulent ces nouveaux pères ? Le débat est encore long, et la question sera encore débattue.

Koezyon-glob.fr

 




3 Commentaires to “Albert FLAGIE : « L’évolution de la famille guadeloupéenne » ; rencontre dans le cadre du Didiko organisé le mercredi 4 juin 2014 par la Maison Départementale des Adolescents de la Guadeloupe”

  1. Je respecte le point de vue de M. FLAGIE. Cependant, reconnaissons que la majorité des familles qui posent problème ce sont les failles monoparentales.Un temps, une mère seule pouvait gérer ses enfants. Maintenant, dans un environnement plus que discutable, avec une banalisation de certains actes comme l’usage de la drogue, et sans repères éducatifs, ballottées entre ce que dit la loi et ce qu’elles pensent bien, les « femmes seules » n’y arrivent plus. Et je ne vois pas poindre ce qui pourrait les aider.

  2. J’ai beau écouter les explications historiques sur les difficultés de la relation homme/femme, je ne comprends pas pourquoi cela perdure, voire s’aggrave?

  3. La famille guadeloupéenne est comme toues les familles en pleine évolution. Les professionnels que nous sommes, ne doivent pas dès le départ penser qu’elle pose problème par sa structure. Elle est en proie comme tous les éléments de la société en proie à des bouleversements auxquels elle doit s’adapter.

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