4ème fasadé de l’association FORCES sur le thème : « konportasyon » au Gosier…

4ème fasadé de l’association FORCES sur le thème : « konportasyon » au Gosier…
Ce vendredi 4 juillet 2014 a eu lieu le 4ème fasadé de l’association FORCES. Le site choisi dans la ville du GOSIER était le magnifique Parc paysager du Calvaire. L’objectif de ces rencontres est de porter une tentative d’explication à la violence qui peut exister au sein des couples dans notre société. Pour échanger sur la « Konportasyon » ou comportement, les deux experts, messieurs Franck GARAIN et Raymond OTTO, respectivement historien et socio-anthropologue ont apporté leurs lumières.  Un bref retour sur les précédents « fasadé », comme à l’accoutumée, a permis de poser le cadre du « Ti cochon », sorte de conflit larvé existant entre les hommes et les femmes. Pourquoi ? La relation s’est construite dans la violence, car chacun des antagonistes avait un reproche à faire à l’autre ; alors que l’homme reprochait à la femme de s’être laissé abuser par le maître, celle-ci rétorquait à l’homme son inaction, son absence de courage pour n’avoir pas empêché un tel acte. Néanmoins, l’homme et la femme sont parvenus à construire une organisation de la famille, un contrat ou projet familial en vue de la réussite des enfants.

DSC_0012 Pour entrer dans le vif du sujet de cette soirée, la question était de savoir pour M. GARAIN est-ce le Ti cochon qui renforce certains comportements ou est-ce les comportements qui contribuent à renforcer  le Ti cochon ? Des éléments de réponses  émaillés d’exemples bien de chez nous, ont été partagés avec le public, rappelons-le, en majorité féminin.

De ses travaux de recherche, M GARAIN peut faire ressortir deux types de couple : couple sans foyer, et  le couple sédentaire. Le couple sans foyer, est nous l’avons compris un couple qui a une relation durable, mais qui ne vit pas sous le même toit. Le couple sédentaire vit ensemble. Konportasyon  de chacun d’eux diffère.

Le premier : le couple sans foyer avec enfant avec l’homme marié. Dans ce type de couple la femme a sa place et assiste à tout ce qui est officiel, la concubine a un statut reconnu : elle est « manman zanfan ay ».  Même à la mort de l’homme, elle est citée dans les avis d’obsèques,  comme  la mère de ses enfants. Souvent cet homme est en pluri concubinage avec 2 ou 3 familles, situation connue et acceptée de tous. Les familles s’interpénètrent, car parfois un enfant issu du couple légitime sera parrain ou marraine d’un enfant de l’autre foyer. Cette façon de faire est héritée de notre histoire, un enfant légitime du maître est le parrain ou la marraine d’un enfant née de sa relation avec son esclave préférée. Donc il existe une famille en dedans et une famille en dehors,  « zanfan andidan et zanfan déwo ». Certains hommes vont reconnaître les « zanfan déwo », ce qui dès fois va choquer l’épouse car « yo pa ka mélangé torchon et serviettes ».

L’autre catégorie,  le couple sans foyer avec enfant avec l’homme pas marié mais dans une situation quasi maritale avec une des femmes : il reconnaît un enfant par ci, un autre par la, au gré de ses envies. La aussi, à l’initiative des hommes, les familles s’interpénètrent sauf les femmes. Si l’homme  reste avec son épouse elle reste mèt a mo la. DSC_0015Il y a là une forme d’équilibre où chacun trouve sa place,  les enfants grandissent chacun de leur côté. Dans l’autre type de couple, celui  sans foyer sans enfant : la  Fanm déwo va dire mari an mwin, et la société  donnera ce statut à cette dame.

Enfin, le couple sédentaire : l’homme sera en pluri concubinage et la femme officielle va s’accommoder de cette situation d’autant plus qu’il y a  y a des enfants. Aujourd’hui il y  a  une autonomie financière des femmes qui change la donne et elles peuvent  partir plus facilement si elles le souhaitent

Mais on ne pouvait ne pas évoquer  un type d’hommes, qui semble rare dans notre Guadeloupe, l’homme a relation unique, « zanlimèt san danger, i ka pri si on sel bwèt ». Il est souvent perçu comme s’il avait tort d’être ainsi. Il entre dans un schéma classique où il est le pourvoyeur, et la femme elle est chargée de l’entretien de la gestion, le comportement est celui de la famille nucléaire.

A partir des années 80 les choses évoluent, la nucléarisation augmente avec plus de mariages. Cette nouvelle vogue est due à deux facteurs essentiels : en premier point la montée des solitudes, la rénovation urbaine, donc à la nouvelle façon d’habiter : il y a nécessité d’avoir quelqu’un a ses cotés. Le second élément, c’est la nouvelle façon de faire famille : avec la nécessité économique, on se tourne vers l’autre. Est-ce que les chosent changent par rapport à la famille évoquée au préalable ?  On note que la matrice qui est à la base famille guadeloupéenne d’antan, continue de s’exprimer au sein de jeunes couples. Les couples de nos jours, doivent faire face à nombre d’éléments, peur de la solitude, peur d’être abandonné car on rentre plus facilement dans une relation à deux avec donc une plus grande peur d’être abandonné qui peut engendrer une relation empreinte de violence, dans un pays où il existe une culture de la violence. De tout cela, dans les konportasyons actuels, la violence à l’intérieur du couple épouse le temps.   Tous les exemples cités ont montré que l’homme y trouvait son compte, que les familles évoluaient dans ce cadre, cependant,  n’était-ce pas déjà  de la violence quand on impose une relation en dehors à une relation en dedans ?

La note d’espoir est que  beaucoup de jeunes veulent prendre le contre-pied du comportement des pères et veulent un comportement normatif en couple : on arrive de l’homme évacué à l’homme DSC_0038coéquipier, qui accompagne qui fait sa part de boulot pour que l’entité famille puisse avancer.

M. OTTO a tenu à souligner que le  rapport au corps, donc avec les hommes, est  conditionné par la réalité économique depuis toujours : « moun pa fè sa pou ayin. an baw on ti boutik pa fè crédi adan’y». L’apport des hommes était concrétisé par construction des maisons, chaque « ami » ou « konpè » rajoute une pièce et apportait le réconfort dans les moments difficiles.

Les jeunes femmes d’aujourd’hui ne sont pas pires que celles d’avant, elles ont  la maîtrise de leur corps qui devient pourvoyeur de plaisirs et rapporteur économique. Or ce rôle de rapporteur économique est mis à mal. Quand les hommes n’ont plus de place dans le système économique, ils partent en errance, fait qui s’est produit déjà 3 fois dans l’histoire : en 1960 avec le BUMIDOM, dans  les années 1980 lorsqu’on change de système de production, et en 1989 avec le RMI qui va définitivement mettre en périphérie les hommes des structures familiales de ce territoire : ils ne trouvent plus leur place. C’est un facteur de fragilisation des hommes et même si les comportements qui conduisent a homicide ne sont pas nouveaux, ils prennent  une autre dimension et conduisent à des drames.

Les échanges avec le public ont été fort animés. Ils ont conforté l’idée que les femmes attendent toujours un soutien économique de la part des hommes même si elles sont autonomes financièrement, c’est une « juste contrepartie »,  et elles revendiquent davantage leur liberté de mettre fin à une relation. L’intervention d’un homme demandant un « guide de l’adultère » a suscité des réactions amusées, même si, on l’a compris, il y avait sans doute un drame personnel qui s’était joué. En conclusion, il aura été rappelé que chacun doit revoir son comportement vis à vis de l’autre pour pouvoir faire avancer le couple dans la discussion ou savoir s’arrêter.

Koezyon-glob.fr

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1 Commentaire to “4ème fasadé de l’association FORCES sur le thème : « konportasyon » au Gosier…”

  1. Ces rencontres sont d’une excellente qualité. la population a quand même du mal à se mobiliser.
    personnellement, je reste un peu sceptique sur certaines des théories développées. Ainsi la fragilisation de la famille, la peur de la rupture ne devrait-elle pas plutôt pousser l’homme à être plus attentionné?

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