20èmes journees Antilles-Guyane d’addictologie

20èmes journees Antilles-Guyane d’addictologie
Pendant deux jours, jeudi 20 et vendredi 21 novembre 2014, de nombreux spécialistes de l’addictologie se sont réunis à la médiathèque du Lamentin pour débattre de ce sujet plus que jamais d’actualité, sous le thème « Nouveaux regards en Addictologie ».

Les mots d’introduction de M. LUCINA, Directeur de l’offre de soins de l’ARS (Agence Régionale de Santé) a porté un éclairage sur le sens et la pertinence du thème. En effet, le regard sur l’addiction a changé. Désormais l’addiction est abordée non par rapport à un produit mais par rapport à un comportement. De ce fait, elle concerne un nombre plus important d’individus. Il a été également rappelé quelques chiffres : depuis 2011, l’ARS a consacré 120 000 € à l’addiction, somme qui a concerné la prévention, les soins, les projets en partenariat.

Avec les orateurs, en majorité des médecins addictologues, le tour de la question a été fait, à travers leurs interventions.

Le premier sujet abordé : Les troubles liés à l’usage de l’alcool, présenté par le Dr Gisèle BROUZES, addictologue à l’hôpital Beauperthuy. Son historique sur l’alcool, nous a montré le regard complaisant qu’il y 1416849053992avait sur cette boisson. Il existait même une connotation positive sur l’usage de l’alcool : « vin pour vivre plus longtemps, vin la boisson la plus saine et la plus hygiénique ». Ce n’est qu’au 20ème siècle que le regard sur l’alcool évolue, qu’il sera présenté comme nocif. Cette nouvelle conception se matérialise par la création de la Ligue nationale contre l’alcoolisme. Au fur et à mesure de nouvelles connaissances sur l’alcool, les politiques gouvernementales s’adaptent. Vers les années 1960, les campagnes gouvernementales mettent en avant les risques sanitaires et sociaux liés à l’alcoolisme. Les progrès en matière d’alcoolisme ont modifié les normes. Ce qui était considéré comme une consommation normale il y a quelques dizaines d’années (14 verres d’alcool pour une femme par semaine), a été depuis longtemps revu à la baisse, compte tenu des nouvelles avancées. Les normes de classification, basées sur la consommation d’alcool et le comportement, ont eux aussi évolué. Depuis 2013, le manuel de diagnostic des troubles mentaux a été modifié avec maintenant 11 critères qui permettent une classification plus précise. Tous ces changements sur le regard posé face à l’alcoolisme ont permis de mieux appréhender ce trouble. On est passé de la notion de vice lié à la morale, à la maladie, puis au concept d’addiction, plus globale.

Cette première intervention a été suivi d’une prise de parole poignante d’un ancien alcoolique, qui a mis en évidence comment il lui était difficile de supporter la souffrance qu’il causait à son entourage.

Le Dr CASSIN, médecin addictologue qui intervient au COREDAF, ensuite a donné un regard sur une intervention, qui de prime abord semble ambivalente, la contrainte judiciaire du soin. Le thème : La prise en charge sous contrainte. L’institution judiciaire est dans une logique de pénalisation lorsqu’on enfreint une loi, le médecin est dans une logique de soins avec l’accord de la personne, sans aucune contrainte. On comprend donc que dès lors qu’on parle de prise en charge sous contrainte se pose le problème de l’adhésion du patient, indispensable surtout lorsqu’il s’agit d’addiction.

Quelques repères législatifs ont été nécessaires.

DR CASSIN nous a d’abord cité la loi du 24 décembre 1953, qui en premier intègre un volet sanitaire à la lutte anti-drogue. L’usager est alors considéré comme un malade. S’en suit la loi phare antidrogue du 31 décembre 1970 qui dans le même esprit, propose une alternative sanitaire aux poursuites pénales sous la forme d’une procédure mixte, judiciaire et sanitaire. Une autre loi, celle du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance met en place le stage de sensibilisation sur les stupéfiants, stage payant. Cette loi met aussi en place une autre mesure, le médecin relais qui sert d’interface entre l’institution judiciaire et ses partenaires sanitaires afin d’améliorer le dispositif qu’est l’injonction thérapeutique.

Il a été utile pour les participants non spécialistes de citer les mesures législatives à visée thérapeutique dans la lutte anti-drogue : le stage de sensibilisation, obligation de soin et l’injonction de soin. Cette dernière mesure judiciaire est une alternative aux poursuites pénales.

Le Dr CASSIN en conclusion, a rappelé que, malgré le cadre contraignant de ces mesures, l’objectif est que l’usager s’approprie la prise en charge médicale et que son autonomie soit restaurée.

L’alcool sur le cerveau : de l’enfant à la personne âgée ; le Dr VABRET qui était en charge de cette partie, est lui aussi addictologue. En préambule, il a tenu à nous rappeler que l’alcool est considéré comme un produit d’intégration social et culturel : il accompagne tous les évènements importants de la vie, naissance, succès aux examens etc. Ses effets sur le cerveau facilitent le lien social, le rapport aux personnes, car l’alcool est un produit psychotrope, qui diminue l’inhibition. Il n’en demeure pas un produit dangereux. Absorbé pendant la grossesse, il alcoolise le cerveau de l’enfant. Il perturbe les apprentissages et les compétences sociales des enfants. De plus il est aussi la première cause de retard non génétique. A l’adolescence, ses effets sont aussi ravageurs sur le développement du cerveau, qui à cette période n’est toujours pas mature. Les effets notables comme les troubles de l’attention, l’inhibition, les troubles cognitifs avec plus tard un risque accru d’un état de dépendance, avec en fond de toile un enjeu de santé publique. Dès lors que la dépendance s’installe et parfois avant, les effets sont dramatiques : anxiété et déprime, déclin cognitif. Il en ressort donc, dès la conception et tout au long de la vie, l’alcool est un produit nocif. La dépendance est une maladie du cerveau qui ne peut être vaincue par la seule force de la volonté.

C’est avec une attention particulière que nous avons suivi l’intervention de Steeve TABORD, Assistant de Service Social au CSAPA intervenant depuis une année au CSAPA de saint Martin, sous le thème : La prise en stiv tabordcharge sociale chez les jeunes consommateurs accueillis au CSAPA. Il apporte à ces échanges un regard social sur la prise en charge de l’addiction. L’association « les liaisons dangereuses », dans laquelle il travaille, a été créée en 1995, et accompagne les personnes atteintes du VIH. Elle fait aussi de la prévention sur les Infections sexuellement transmissibles (IST). Elle a connu une évolution rapide pour passer de CSST (centre de soins spécialisés pour toxicomanes) en 1998, à CSAPA ( centre de soins, d’accompagnement et de prévention) en 2008. Son activité s’est agrandie avec l’ouverture en 2012 d’une MDA (Maison des adolescents). L’accompagnement, nous explique Steeve TABORD, est pluridisciplinaire, avec un psychiatre, un médecin, un assistant de service social. Selon son expérience, les jeunes qu’ils reçoivent au CSAPA, ne viennent pas de leur propre initiative, ils sont orientés le plus souvent par la famille, l’école ou la justice. Le jeune est vu par les trois professionnels. Après une évaluation pluridisciplinaire, une proposition de prise en charge lui est faite. Le centre déplore que souvent, après le premier entretien, les jeunes ne reviennent pas. La réflexion se porte maintenant sur des pistes pour les mobiliser et les faire retourner au centre. Cela va rester un des objectifs à atteindre dans les années qui suivent.

Après un rappel de la définition de la santé selon l’OMS, Steeve TABORD a montré que l’association était dans une dynamique de développement avec depuis octobre 2014, un groupe d’expression jeunes.

Le dernier sujet sur lequel on ne pouvait pas faire l’impasse, la cigarette électronique, vue la place qu’elle prend dans les habitudes de beaucoup de fumeurs. Le thème : la cigarette électronique : aide au sevrage ? Le DR Frédéric BROUZES, addictologue, a tenu a souligné que le produit étant récent sur la marché, il n’y avait pas suffisamment de recul pour en connaître ses effets. Ce procédé qui est composé de nicotine mais pas de produits chimiques nocifs de la cigarette classique, est une vraie aide au sevrage. Trois points ont fait l’objet d’interrogation de l’OMS :

– les risques pour la santé : les études sont pour l’instant insuffisantes. De plus les doses de nicotine varient.

– L’efficacité en tant qu’aide au sevrage : efficacité comparable à d’autres techniques, diminution du nombre de cigarettes classiques fumées.

– Impact sur les mesures anti-tabac : effet porte d’entrée à des comportements addictifs. Nombre de jeunes essaient la cigarette électronique car moins nocive. Elle a donc un impact négatif sur les mesures anti-tabac. En conclusion, si ce produit peut aider à diminuer la quantité de nicotine, il ne reste que des questions pour qu’il ne devienne pas une autre source d’addiction.

A travers ces différents échanges, enrichis par un débat animé, on retiendra que l’addiction est un phénomène qui touche de plus en plus d’individus, ne serait-ce que parce qu’elle ne se cantonne plus à l’usage de produits comme l’alcool ou la drogue. Elle est plus liée à un comportement, et étend le nombre de personnes concernées, avec des profils très différents. La prise en charge pluridisciplinaire reste donc une piste de travail à privilégier, mais non suffisante.

Koezyon-glob.fr




2 Commentaires to “20èmes journees Antilles-Guyane d’addictologie”

  1. C’est toujours un plaisir de voir de jeunes professionnels s’investir dans des cadres aussi complexes que l’addictologie. Ce phénomène semble prendre des proportions de plus en plus importantes.Pour exemple,les portables dont beaucoup n’arrivent plus à se passer,, même pendant leur sommeil.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*